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GM100 Indochine 1954_aamtdm

Nov 03, 2015

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end of 1 indochina war
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  • 1

    Derniers combats en Indochine :

    5 jours en enfer, ou la fin du GM 100.

    (24-28 juin 1954)

    Par Jean-Franois MOURAGUES

  • 2

    A MES HOMMES QUI SONT MORTS.

    Mes compagnons, cest moi, mes bonnes gens de guerre, Cest votre Chef dhier qui vient parler ici De ce quon ne sait pas, ou que lon ne sait gure ; Mes morts je vous salue et je vous dis : Merci.

    Anonymes hros, nonchalants desprance. Vous vouliez, nest-ce pas, qu lheure du retour, Quand il mettait le pied sur la terre de France, Ayant un brin de Gloire, il et un peu dAmour.

    Quant savoir si tout sest pass de la sorte, Et si vous ntes pas rests pour rien l bas, Si vous ntes pas morts pour une chose morte, les pauvres amis, ne le demandez pas!

    Dormez dans la grandeur de votre sacrifice, Dormez, que nul regret ne vous vienne hanter! Dormez dans cette paix large et libratrice O ma pense en deuil ira vous visiter!

    Je sais o retrouver, leur suprme tape Tous ceux dont la grande herbe a bu le sang vermeil, Et ceux quont engloutis les piges de la sape, Et ceux quont dvors la fivre et le soleil.

    Dici je vous revois rangs fleur de terre Dans la fosse htive o je vous ai laisss, Rigides revtus de vos habits de guerre Et dtranges linceuls faits de roseaux tresss.

    Si parfois dans la jungle o le tigre vous frle Et que nbranle plus le recul du canon, Il vous semble quun doigt se pose votre paule, Si vous croyez entendre appeler votre nom :

    Soldats qui reposez sous la terre lointaine, Et dont le sang donn ma laiss des remords, Dites-vous simplement : cest notre Capitaine Qui se souvient de nous et qui compte ses morts.

    Vicomte Emmanuel Raymond de Borelli. Capitaine de la Lgion Etrangre. Tuyen-Quang 1885.

  • 3

    Pour beaucoup de Franais, la guerre dIndochine sest arrte le 8 mai 1954, jour de la chute de Dien-Bien-Phu. Pourtant plus dun mois et demi aprs la reddition de la garnison du camp retranch, disparaissait sur la route coloniale 19 lune des plus belles units que lArme Franaise possdait en Indochine : le GM 100. Ce groupe mobile, mis sur pied sur le modle des units amricaines de la 2e Guerre Mondiale, tait compos du rgiment de Core (1er et 2e bataillons crs par ddoublement de lex-bataillon franais de lONU rapatri de Core en dcembre 1953), du bataillon de marche du 43e RIC (BM/43RIC), du 2e groupe du 10e RAC, le tout appuy par le 3e escadron du 5e Cuirassiers. Une compagnie de marche des transmissions (la 2e CMT), un groupe de transport et une unit du Gnie sont galement affects au dispositif1. Disposant dun potentiel en matriel et en hommes impressionnant

    (plus de 3500 hommes), il perdra le 24 juin 1954 le tiers de ses effectifs (tus, blesss, disparus et prisonniers).

    De dcembre 1953 juin 1954, le GM 100 aura pour mission dassurer le contrle des Hauts Plateaux dans les secteurs de Kontum, Pleiku, Ankh et, par la suite, lappui lopration Atlante qui visait la reconqute des zones ctires du Centre Annam. Le gnral Navarre, nomm en mai

    1953 commandant en chef en Indochine, reut pour mission de mettre la France en position favorable pour engager des ngociations de paix avec le Viet-Minh. A cet effet le Plan Navarre visait pour 1953-1954 :

    dune part, dbarrasser le centre et le sud-Annam de la menace Viet-Minh et confier la dfense de lAnnam aux forces vietnamiennes ;

    dautre part, rcuprer des forces militaires mobiles pour le nord-Annam dj contrl par le Viet Minh, et le Tonkin (opration Atlante effort principal) ;

    enfin, fixer Dien-Bien-Phu, louest du Tonkin, la menace Viet-Minh en direction du Laos et protger le Haut-Laos (opration Castor effort secondaire). 2

    Les units dinfanterie qui composaient le groupe mobile taient toutes mixtes. Lors du dbarquement Sagon du bataillon franais de lONU qui stait brillamment illustr pendant deux annes en Core, lEtat-Major en rcuprant un rgiment aguerri avait ddoubl ce bataillon en le jaunissant (terme utilis lpoque) avec des soldats recruts pour lessentiel au Cambodge. Le bataillon devint rgiment. Les lments autochtones rattachs au

    1 La 2e CMT est compose de 3 sections au maximum ses effectifs provenaient tout aussi bien de la Lgion, des

    Paras, des Goums ou de rallis Viets. Vritable commando de renseignement, la 2e CMT comprenait 1 lieutenant, 1 adjudant-chef, 3 sergents-chefs, chefs de sections, et un sergent radio. Tmoignage du Sergent Gabaye sergent la 2e CMT 2 Gnral Albert Billard, lieutenant au 2/10e RAC in : Ankh (Centre Annam) 24 juin 1954 : extraction difficile

    ou embuscade annonce. Revue des Troupes de Marine Ancre dOr Bazeilles N340. Communication lauteur du 27.mars 2006.

    Dfil du rgiment de Core lors de sa formation en Indochine

    (Coll. association des anciens du BF/ONU)

  • 4

    rgiment taient, quant eux, de grande valeur, beaucoup avaient une grande exprience du mtier des armes. Le 2/Core se vit notamment attribuer lancien commando Bergerol (du nom de son fondateur) trs redout par le Vietminh. Le BM/43eRIC ntait pas en reste, ctait une unit de mtier qui possdait dj un beau palmars et prs de sept annes dexprience. Ces 6 mois dexistence seront maills par les glorieux combats de Dak-Doa, Plei-Rinh, PK14, PK 15 et Plei-Bon pour ne citer que ceux l.

    Malgr sept annes de guerre, les troupes franaises noccupaient en Centre Annam que la province de Hu et la province de Nha-Trang. Les provinces de Qui-Nhon et de Quang-Nga taient toujours contrles par le Viet-Minh. Lopration Atlante avait pour ambition la runification du Centre Annam en y crasant les units rebelles qui sy taient installes. Les forces franaises manoeuvraient sur un thtre dopration de prs de 400 kilomtres de long de Tourane au Cap Varella, et 100 kilomtres de profondeur de Pleiku Qui-Nhon. Quatre groupes mobiles (GM 11 vietnamien, GM 41 et 42 montagnards composs dautochtones des tribus Rhs, Bahnars et Jarais, issus des Bataillons de Marche dExtrme-Orient, et GM 100) sont sollicits pour participer lopration qui sera combine avec un dbarquement amphibie de troupes. Les villes de Qui-Nhon et de Quang-Nga sont libres le 13 mars sans que ladversaire nengage rellement le combat, et sans que les trois principaux rgiments ennemis (108, 96, 803) et autres units provinciales prsentes sur zone naient t dtruits. Appel en renfort sur Pleiku sous la menace directe du rgiment 803 qui ntait pas l o on lattendait (le 108 quant lui, menaant plus au sud la ville de Ban-Me-Thuot), le GM 100 dfend un temps la ville de Kontum avant que lordre ne lui soit donn de labandonner. Si les Franais progressent sur la cte, les communistes accentuent leur pression militaire et psychologique au nord de Pleiku : Au nord et au nord-est de la ville, les partisans montagnards avaient soit pris la jungle, soit sous leffet de la propagande communiste, massacr les sous-officiers franais qui les encadraient, et cette fois lennemi ne refusait pas le combat. .3 Bloqu Pleiku, le GM 100 ne peut apporter son soutien lopration Atlante qui pitine dautant plus que la route Pleiku Ankh Qui-Nhon vient dtre coupe, et que les nouvelles qui proviennent du camp retranch de Dien-Bien-Phu, cr initialement pour dfendre le Laos de toute invasion Vietminh et fixer au Tonkin le maximum de divisions ennemies (divisions 304, 308, 312, 320 et 351) sans compter les forces provinciales et rgionales, ne sont gure rassurantes.

    Les 8 et 9 avril, le GM 100 relve le GM 11, unit de larme du Sud Vietnam trs prouve et dmoralise par les combats du 30 mars, o lun de ses bataillons a t ananti au col du Do Mang. La perte de ce col interdit la jonction entre Ankh et Qui-Nhon, tte de pont de lopration Atlante. Pour assurer le soutien du GM 11, les chars du 3/5e Cuirassiers sont ramens Pleiku. De plus, le GM 11 est renforc du GM 21 au col du Mang Yang. Le 12 avril ces deux units

    tombent dans une embuscade prs de ce mme col, et le 16 avril suite une autre embuscade, la RC 19 en direction de Pleiku est considre comme dfinitivement coupe aux convois de ravitaillement. Le camp retranch dAnkh est situ comme celui de Dien-Bien-Phu au fond dune cuvette desservie par un petit arodrome. Cette cuvette est entoure de collines proches, amnages en points dappuis, et domine sur sa

    3 Bernard Fall. Indochine 1946 1962 Chronique dune guerre rvolutionnaire. Ed Robert Laffont Paris 1962 p190

    et 191

    Poste du Do Mang (Coll. Prive DR)

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    partie est par la cordillre annamitique. Le camp a une emprise de prs de 6 kilomtres de long sur 1 de large. Le 2/Core, le PC, lartillerie et la 4e batterie du 10e RAC sont implants dans le bourg dAnkh, altitude 462 mtres, domin 300 mtres plus haut, par le point dappui du sud-est. Au nord, en hrisson, la position tenue par le 520e TDKQ (bataillon lger de commandos vietnamiens) et un peloton du 4e Escadron de Reconnaissance Vietnamien (4e ERVN). Ces deux units bordent la piste datterrissage. Au nord-est a pris position le BM/43e RIC et la 6e batterie du 10e RAC. Cette position est domine par le point dappui de la Pagode et par celui du Nui Nhon qui culmine 685 mtres. Entre ces deux PA la RC 19 qui se droule en direction de Qui Nhon. Le col du Do Mang, occup par le Vietminh depuis le 30 mars, nest qu 10 kilomtres des premires positions franaises. Plus lest, la cordillre annamitique domine le camp retranch de ses 2000 mtres daltitude. Enfin excentr louest, la position du 1/Core est implante 3 kilomtres de la position du 2/Core dans le hameau dAn Cu. Ce hameau est domin quant lui par le PA de Hong Cong (altitude 707 mtres). Du 10 au 21 avril, le GM100 poursuit les travaux damnagement des positions et points dappui en vue de soutenir un long sige. Lensemble des units participe tour tour la rfection de la piste datterrissage pour permettre aux Dakotas et autres gros porteurs type Bristol doubles portes de se poser, au relevage des champs de mines, car le GM 11 na laiss aucune indication quant leurs emplacements, au rglage des batteries et la rfection des emplacements individuels et autres abris car aucune structure en dur nexiste. Cest dans des trous individuels ou sous tente que les hommes du GM 100 vont se refaire une sant aprs les combats prouvants des mois prcdents.

    Le 28 avril 13 heures les premiers hommes du dtachement de renfort 19 (DR 19) sont achemins par Dakota sur le camp retranch dAnkh. Ce dtachement comprend : 3 officiers, 35 sous-officiers, lOD et les comptables. Aprs quelques jours passs Ben-Cat, base arrire du rgiment de Core, nous embarquons en direction des hauts plateaux. Certains dentre nous viennent directement de France en renfort, dautres reviennent de blessures. En approche de la piste, lappareil sort des nuages, et nous apercevons les pitons qui lentourent. Dirig sur le 1er bataillon de Core du Commandant Guinard, je suis affect la compagnie du capitaine Delabrosse commandant la 3e compagnie. Je remplace nombre pour nombre le sous-officier adjoint qui a t tu quelques jours auparavant. Ladjudant Thuret maccueille chaleureusement. Seul europen dans une compagnie de Cambodgiens, il va pouvoir souffler un peu (enfin si lon peut dire). Le plus dur reste venir.4.

    Le 28 avril, jeune sergent, je faisais partie avec le sergent Mouragues, du dtachement dofficiers et sous-officiers du DR19 qui a rejoint lIndochine par voie arienne depuis Saint-Germain-en-Laye via Toulouse. Arrivs Saigon le 29 avril, ces personnels ont rejoint Nha-Trang par voie maritime, puis Ankh par voie arienne dbut mai. La dcouverte du GM 100 sur les Hauts-Plateaux Montagnards et plus particulirement linstallation du 1/Core An-Cu, o jtais affect la 4e compagnie en position retranche, nous a fait penser en plus rduit la situation de Dien-Bien-Phu dont nous suivions la tragdie. Cest l que nous avons appris la chute des derniers points dappui quelques jours aprs notre arrive. Le GM 100 tait en position dans ce secteur depuis dbut avril, pratiquement isol et encercl par les units Viets, en particulier le rgiment 803. 5

    4 Major Raymond Mouragues. Sergent adjoint dune section de fusiliers voltigeurs la 3e compagnie du 1/Core.

    Entretien avec lauteur. Octobre 2005. 5 Colonel de Gendarmerie Michel Gengembre. Sergent la 4e Compagnie du 1/Core. Lettre du 12.novembre

    2005 lauteur.

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    8 mai, capitulation des derniers dfenseurs de Dien-Bien-Phu, le moral ny est plus. Certains soldats autochtones du 1/Core dsertent ou se blessent intentionnellement pour tre rapatris, comme dautres au BM/43e RIC : cest le cas pour trois soldats qui voient leurs contrats rsilis pour mauvaise manire de servir . Quatre mois doprations ininterrompues ont us ces militaires du Sud qui ne se sentent pas ici chez eux. Aprs le 8 mai il ne fut plus question de poursuivre le plan Atlante, mais le Gouvernement franais

    ds le 8 mai entama la dernire phase politique du rglement du conflit alors que le silence sinstallait sur Dien-Bien-Phu. Elle fut conduite par Pierre Mends-France qui avait pris la direction du Gouvernement. Si la guerre finissait mal, il semblait que cet Homme dEtat tait capable de russir, l o les gouvernements successifs avaient chou, faute de volont, mais aussi de souplesse. Mme sil ne mappartient pas de critiquer le plan Navarre, il se montrait gnreux, logique, et en accord avec lentre du gouvernement vietnamien dans la guerre. Il semble que le rapport des forces , condition mme de toute guerre, nait pas t bien mesur. 6 Les renforts destination du 2/Core arrivent aprs un long priple. Rattachs au DR 19, ces hommes ont embarqu Marseille sur le S/S Flix Roussel destination de Sagon le 15 avril. Dbarqus le 7 mai, ils seront achemins dans lurgence sur le camp retranch le lendemain.7

    Le 19 mai le reliquat du DR 19, qui comprend 5 sous-officiers, 20 caporaux-chefs, 16 caporaux et 49 soldats, arrive par transport arien en provenance de la base arienne de Nha-Trang. Ce dtachement viendra complter les effectifs de la CCB, et des 1re et 2e compagnies dont les effectifs ont dangereusement fondu. Il est achemin en GMC An-Cu, lieu dimplantation du 1/Core, position avance sur la route de Pleiku.

    Aprs quelques jours dacclimatation, la journe du 25 mai est consacre de 7 heures 17 heures au rglage des tirs de mortiers sur le pourtour des positions. Une corve de 40 PIM (prisonniers interns militaires) est mise la disposition du GM 100 pour rparer le terrain daviation. La 3e compagnie participe lentretien de la piste. Le secteur affect au rgiment de Core nest pas des plus srs. Lors du dpart de lunit prcdente, cette dernire na pas laiss les relevs des champs de mines. Plusieurs accidents seront dplorer. Celui du 13 mai est lun des plus importants. Une patrouille du BM/43e RIC compose dlments de la CCB et de la 2e compagnie traverse sans le savoir un terrain min : bilan deux morts, 10 blesss. Le 28 mai le soldat Kieu Van Chay de la 3e compagnie du 1/Core saute sur une mine amie, il dcde peu aprs son admission lantenne chirurgicale. Quelques jours plus tard cest un buf qui saute sur une mine. Les clats de lexplosion blessent le soldat Sac Phon.

    6 Lopration Atlante par le Gnral J.Sockeel alors Colonel commandant le GM 42. Publication de

    lAssociation des Croix de Guerre.1992. CHETOM.18H29. 7 Tmoignage du caporal-chef Ren Pinot. Ancien de Core, rapatri en fin de sjour et mut au 27e rgiment

    dinfanterie de Dijon, il se porte volontaire pour le rgiment de Core en Indochine. Affect la CCB2 du 2/Core, section de mortiers de 81, il sert comme chef de pice la section de commandement (30 hommes commands par lAdjudant Garcia, un sergent artilleur DLO, plus le groupe de mortiers soit deux pices.). Lettre lauteur du 11 mai 2006.

    Le camp retranch dAnkh

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    Le 29 mai le 1/Core qui aligne ses trois compagnies de combat est dsign pour une mission de reconnaissance sur PK11. La mission consiste faire la liaison avec des lments amis venant de PK22. Si PK 11 nest quun Point Kilomtrique parmi tant dautres ( 11 kilomtres dAnkh en direction de Pleiku), PK 22 est en revanche un gros point dappui situ sur un piton qui domine la RC 19. Ses pentes trs escarpes le rendent quasiment imprenable. Il constitue lun des verrous de cette route de jungle. Sa garnison est essentiellement compose de gardes montagnards des tribus Rhads et Banhars recruts dans les villages voisins et encadrs par quelques gendarmes. La 2e compagnie marche en tte et ouvre la route, la 3e compagnie fouille la vgtation environnante, la 1re est en soutien des deux prcdentes. La mission se passe sans encombre, la jonction est faite avec les lments du 2/Core. Lensemble de leffectif se replie sur An-Cu.

    Le 5 juin au cours dune mission de nuit, la 3e compagnie se met en embuscade sur la RC 19 2 kilomtres louest du point dappui. Cest alors que vers 22h50 dix vingt Vietminh venant du sud franchissent la route et sont pris sous le feu des soldats franais. Plusieurs soldats ennemis semblent avoir t tus lors de laccrochage. La 3e compagnie rcupre plusieurs armes dont 1 pistolet-mitrailleur Thompson amricain, 1 pistolet-mitrailleur Sten anglais, un fusil Mas 36 franais, 1 Mauser allemand, 2 lanceurs de grenades VB franais, 3 grenades calibre 77, des cartouches et des documents divers. Cet arsenal htroclite nest que le reflet du matriel dont disposent les units franaises engages en Indochine. Le lendemain, lors du retour sur les lieux de lembuscade, des coups de fusil sont changs avec un lment adverse charg de relever ses morts. La 3e compagnie ne ramne que trois cadavres de soldats VM tus la veille au soir. Les documents et les uniformes des soldats seront autant dinformations qui permettront didentifier les units adverses.

    Le 8 juin la 3e compagnie est dsigne pour prendre en charge le poste de Hong-Cong qui domine le point dappui dAn-Cu. Avec un dtachement de 15 hommes, je commence la pnible ascension du PA de Hong-Cong. Nous occupons le poste pour la nuit, le jour nous redescendons dans la cuvette. Dans les premiers temps une section complte occupait le PA, mais par suite dun resserrement du dispositif, le piton de Hong-Cong nest plus occup que la nuit. Cette manuvre sera maintenue jusquau dpart

    sur Pleiku afin que les Viets ne prennent position sur ce sommet qui domine tout le bataillon 8.

    Le 14 juin les 2e et 3e compagnies sont dsignes pour faire mouvement vers PK22. Le dpart est fix 6h00. La mission consiste acheminer 80 montagnards et 6 gardes et prendre contact avec les populations montagnardes du village de Plei Bun Bang. Les 2e et 3e compagnies passent en tte, le PC suit en troisime chelon. Vers 12h00 la liaison est opre avec les lments de PK22. Le retour est fix 13h00. Une heure plus tard un avion dobservation du GAO (Groupement Arien dObservation) de type Piper fait un atterrissage forc dans les herbes lphants un kilomtre au sud-est de la plantation dhvas de PK6. Le pilote est quant lui recueilli par la 3e compagnie du 1/Core, lappareil est dtruit par la

    8 Major Raymond Mouragues. Sergent adjoint dune section de fusiliers voltigeurs la 3e compagnie du 1/Core.

    Entretien avec lauteur. Octobre 2005.

    Le piton de Hong-Cong

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    chasse. Toutes les units rentrent en GMC lexception de la 3e compagnie qui fait mouvement vers An-Cu pied.

    Les abords des positions franaises sont infiltrs par des units rebelles la recherche de renseignements. Le 15 juin vers 20h10, 250 mtres des positions de la 3e compagnie, 4 VM sont pris partie par une sonnette et senfuient pour revenir vers 23h20. Dmasqu 300 ou 400 mtres par cette mme unit, ils svanouissent de nouveau dans la nuit. Chaque nuit apporte son lot de fusillades et dinterceptions. Le 18 juin vers 22h10, la 3e compagnie qui partait se mettre en embuscade pour la nuit tombe sur deux quipes de VM se dplaant en parallle sur la RC19 400 mtres du dispositif franais. Il sensuit un violent change de coups de feu et de grenades. Un soldat de la 3e compagnie est bless dans lchange de tirs. Je commandais une patrouille lgre lorsque mes Cambodgiens ont dtect un lment adverse. Mais si prs du camp, les Viets sont fbriles, ils se dcouvrent, nous ripostons, ils dcrochent. La progression dans la boue en bordure de larroyo ne nous donne pas lavantage du terrain, nous les laissons filer. 9 Il semble que le Vietminh accentue sa pression dans le secteur car les services renseignements signalent 200 VM prs de Kon Barr 10 kilomtres au Nord de PK 11. Au fil des semaines, cest un mlange de vie de garnison et dactivits guerrires que nous menons. La mission est de tenir le camp retranch. Dissimuls sur les pitons, la vgtation touffue, les guetteurs ennemis piaient nos moindres mouvements. Le rayon daction de nos patrouilles de reconnaissance se restreignait petit petit. Nous procdions aux rglages de tirs de mortiers de 60 mm et de 81 mm dans les talwegs entre 300 et 800 mtres autour de notre position An-Cu. Les seules liaisons extrieures se faisaient par voie arienne sur la piste datterrissage dAnkh. Parfois, mme le ravitaillement tait parachut. Aprs la chute de Dien-Bien-Phu, le Vietminh promet un sort identique au GM 100. Le commandement franais tudie alors le repli dAnkh par voie arienne en abandonnant tout le matriel, ou bien par la RC19 vers Pleiku en forant les lignes Viets. Ce sera cette dernire formule qui sera choisie pour le 24 juin 1954. 10

    Le 19 juin, la suite du remplacement du gnral Navarre par le gnral Ely, la dcision dvacuer Ankh prise le 13 juin est annonce au GM 100 par le Gnral Salan qui se rend sur place avec le gnral de Beaufort et le colonel Buffin, charg de coordonner lopration baptise Eglantine . Le colonel Barrou commandant le GM 100 a quant lui appris la nouvelle le 15 juin lors dune liaison arienne Sagon, o il proposera de foncer sans sarrter, jouant la carte de la surprise , jusqu PK 22, lieu de rendez-vous avec llment

    9 Major Raymond Mouragues. Sergent adjoint dune section de fusiliers voltigeurs la 3e compagnie du 1/Core.

    Entretien avec lauteur. Octobre 2005. 10

    Colonel de Gendarmerie Michel Gengembre. Sergent la 4e Compagnie du 1/Core. Lettre du 12.novembre 2005 lauteur.

    C-47 "Dakota"

    Patrouille de la 3cie du 1/Core

    Capitaine de La Brosse (Coll. Mouragues)

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    de recueil. Le commandement adverse devait affirmer plus tard quil avait eu connaissance de lordre dvacuation dAnkh ds le 13 juin et pris les mesures en consquence. 11 Le GM 100 devra quitter le camp retranch avec la totalit de son matriel lourd et de ses vhicules, en forant si besoin est les ventuels bouchons ennemis. Apparemment la dcision prise est cohrente et semble juste. Le commandement estime que le secret sera divulgu ds le dbut des oprations, c'est--dire le 20 juin. Le rgiment 108 naura pas le temps de joindre ses forces celles du rgiment 96, le rgiment 803 tant fix Tuy-Hoa, un seul rgiment adverse ne peut empcher le GM 100 de passer. Mais lannonce de larrive imminente du rgiment 108, il sera dcid davancer le dpart de 24 heures. Tout ceci manifeste dune sous valuation de la capacit de lennemi se renseigner et attaquer par surprise. Trois solutions soffraient nous :

    - la premire consistait abandonner les stocks accumuls Ankh en les dtruisant et sortir immdiatement par la route avant que le Vietminh nait pu mettre son dispositif en action.

    - - la seconde consistait vacuer par air les stocks et le maximum de matriel lourd et dtruire le reste, passer par la brousse, lennemi ne sachant par o il pourrait nous intercepter.

    - - autre solution : monter une manuvre de dception faisant croire que nous partions vers Qui-Nhon et partir sur Pleiku.

    La premire manoeuvre tait sre, mais comportait un trs grand risque que lennemi rcupre une trs grande quantit de matriel qui lui serait trs utile par la suite comme ce fut le cas lors de lvacuation de Kontum. La seconde manuvre aurait t la meilleure (suggre dailleurs par les commandos oprant en brousse). Le potentiel arien tait suffisant pour ne laisser sur le terrain que les camions facile incendier, et dont beaucoup tait trs prs de la rforme, on pouvait transfrer sur dautres bases les armes lourdes, le matriel et les vhicules lgers ainsi que les personnels non indispensables au combat, les untes passant par la brousse (il fallut bien le faire le soir du 24 juin dans les pires conditions). Ctait sen tirer au meilleur prix et rcuprer une unit en tat de combattre comme le souhaitait le commandement. 12

    Le 22 juin une section VM tire au mortier de 60 en direction de la 3e compagnie du 1/Core, mais les obus tombent court. Les VM sont pris partie par les mortiers de 60 de la 2e et de la 3e compagnies ainsi que par ceux de 81 de la batterie dAn-Cu qui effectuent un tir fusant. Vers 18h45 une embuscade de la 3e compagnie qui a t dpche sur les lieux o se trouvaient les VM le matin prend partie des lments adverses valus une section.

    Tout au long de ces derniers jours lactivit du camp retranch a t relativement intense. Un important pont arien, dfaut de liaisons routires vers Pleiku ou Qui Nhon dont la route est coupe, a t mis en uvre. Son objectif, vacuer le maximum de matriels (armes non indispensables, surplus de munitions, archives, personnels sdentaires civils) et fournir au groupe mobile les derniers renforts. Si pour beaucoup en France, Dien

    11 Bernard Fall. Indochine 1946 1962 Chronique dune guerre rvolutionnaire. Ed Robert Laffont Paris 1962

    p211. 12

    Lopration Atlante par le Gnral Girard alors Lieutenant lEM du GM 100. Publication de lAssociation des Croix de Guerre.1992. CHETOM.18H29.

    C-47 "Dakota"

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    Bien Phu marque la fin de la guerre dIndochine, sur le terrain, il nen est rien. Alors qu Genve se droulent les tractations sur le trac de la ligne de cessez le feu, qui prendrait le risque tant au niveau politique que militaire de ritrer le suspense du camp retranch de Dien-Bien-Phu dans les Hauts-Plateaux du Centre Annam ? Certes la gographie nest pas la mme et semble jouer en faveur des troupes franaises. Contrairement ce qui a pu se passer Dien Bien Phu o lloignement du camp retranch et la saison rendaient tout ravitaillement alatoire, Ankh, les centres de ravitaillement sont situs au-del de la cordillre annamitique, soit moins de 50 kilomtres vol doiseau. Les appuis feux de la chasse et des bombardiers proviennent soit du porte-avions Arromanches ancr au large de Qui-Nhon, soit des bases ariennes de Nha-Trang et de Tourane. Cependant, la raison essentielle qui semble aller dans le sens de labandon, alors que le camp est pourvu de tranches, dalvoles enterres pour les canons de 105 et les vhicules, de stocks importants en armes et matriels, et dun excellent arodrome, rside la fois dans le manque dhommes, et la menace qui pse sur laxe Pleiku-Ban Me Thot. La prsence de trois bataillons dlite et dun peloton blind paul par un maigre bataillon de la jeune arme vietnamienne dans cette bourgade du centre Annam ne se justifie plus ds lors que laccs la mer est coup. Quels renforts leur apporter en cas dattaque massive, alors que la bataille qui vient de sachever au Tonkin a vu disparatre les meilleures troupes dintervention?13 La solution la plus sage est dvacuer Ankh et de se replier sur Pleiku, ville qui commande laccs Sagon par les Hauts-Plateaux . Le gnral Salan qui remplace le gnral Navarre prend cette dcision lourde de consquences de regrouper le GM 41 et le GM 100 pour dfendre les plateaux entre Pleiku et Ban Me Thot.

    Le capitaine Andr Salvat, compagnon de la Libration commandant la CCS 100 du GM, nous donne sa vision des faits : nous tions installs dfensivement et prts recevoir la fameuse division 308 descendue du Tonkin pour se payer le GM 100 en Centre Annam. La troupe compose danciens de Core tait solide, avait du mtier, et tait me semble t-il capable de tenir un sige Ankh. Malheureusement le Commandement dHano nous a donn lordre, dans le cadre dun regroupement des forces, de regagner Pleiku, ce qui pour nous, mais aussi pour le colonel Barrou commandant le GM tait une erreur que ce dernier paiera trs cher. 14 Les commandos oprant en brousse ont signal lEtat-Major la concentration dunits lourdes ennemies entre Ankh et Pleiku, ce qui rendrait hasardeuse toute sortie en convoi automobile. Lhypothse envisage par ces spcialistes de la gurilla

    13 Il ne subsiste cette poque en Indochine quun seul Groupe Aroport, le GAP 1 : (7e BPC, 3e BPVN, 2e

    BEP) encore intact que le gnral Salan demandera de mnager, parce quaprs, il na plus rien. 14

    Tmoignage du Colonel Andr Salvat. Commandant la CCS.100. Lettre lauteur du 29.05.2005.

    La route coloniale 19 entre Ankh (est) et Pleiku (ouest)

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    consiste passer par la brousse et abandonner tout le matriel lourd (vhicules, canons), mais cette solution au demeurant fort sage ne sera pas entrine, car en ces temps de crise larmement ne peut tre abandonn. Quel officier suprieur aurait pris la responsabilit de dtruire prs de 300 vhicules, des tonnes darmement, une dizaine de canons, alors que la France avait du mal obtenir ce matriel auprs des Etats-Unis ? Il est donc dcid que cest par la route que le GM 100 devra se frayer un passage jusqu PK22 o le Groupement Aroport 115 (7e BPC16, 3e BPVN17) lattendra avec le GM 42 du colonel Sockeel, compos de bataillons montagnards, et les blinds du 3e escadron du 5e Cuirassiers. Les derniers lments du GAP 1 sont arrivs Pleiku le 17 juin en fin daprs midi. Pas moins de 31 Dakotas sont ncessaires pour le transport des 1re, 2e et 3e compagnie, de la CCB et du PC, la 4e compagnie restant en base arrire Haiphong. 18. Larodrome de Pleiku concentre lespace de quelques jours la quasi-totalit des groupes de transport arien du Tonkin. Les quelque 120 rotations de Dakotas qui transportent les 3e BPVN et le 7e BPC ne passeront pas inaperues aux observateurs ennemis.

    Les leons de lhistoire de lvacuation de la frontire de Chine ne semblent pas avoir t tires ou analyses, ou alors ont t oublies. Lors de lvacuation de la citadelle de Cao-Bang en 1950, le CEFEO avait perdu plus de 7000 hommes dans le dsastre de la RC4. Les troupes replies, alourdies par leurs vhicules et matriels divers, avaient t tailles en pices lors dembuscades successives, et les lments de recueil (1er BEP et 3e BCCP) anantis. La ville de Lang Son avait t abandonne avec tout son arsenal sans combat, livrant le nord-Tonkin aux communistes. 1950-1954, lhistoire bgaye mais les acteurs ne le savent pas, tout le monde saffaire ; 22 kilomtres plusieurs fois parcourus , cela semble jouable. Toutefois les spcialistes du renseignement rassurrent leurs suprieurs en affirmant que les units Vietminh ne pouvaient gure couvrir en jungle plus de 15 20 kilomtres par jour. Cette prvision savra fausse, les deux rgiments qui se lanceront la rencontre du GM 100 couvriront des tapes de 50 kilomtres pour rejoindre la RC19. 19. Si le pont arien est une russite incontestable (lessentiel du matriel sensible et une bonne partie des civils, soit prs de 1000 personnes, sont rapatris), le temps imparti pour vacuer tout le matriel sera trop court. Malgr les nombreuses rotations davions, il reste des stocks importants de munitions, dessence et de vivres (prs de 380 tonnes). Qu cela ne tienne, laviation bombardera les dpts aprs le dpart des dernires units amies. Les bataillons envoient en base arrire ceux qui ne sont pas en sections de combat. Personnellement je ne connatrais pas lhcatombe de lvacuation dAnkh. Dsign en prcurseur et escortant les bagages personnels, je rejoignis Pleiku en DC3 en vue de prparer le futur cantonnement et accueillir ma compagnie. 20 Le caporal-chef Charles Gonin, fourrier la 1er compagnie du 1/Core, dans un courrier laisse transparatre lamertume des soldats du corps expditionnaire : Les choses se prcipitent en Indochine avec la chute de Dien Bien Phu. Inutile de dire la rancur

    15 Colonel Romain-Desfosses

    16 Commandant Balbin

    17 Commandant Mollo

    18 Leffectif oprationnel du bataillon slve 17 officiers, 60 sous-officiers, et 477 soldats dj trs prouvs.

    19 Bernard Fall. Indochine 1946 1962 Chronique dune guerre rvolutionnaire. Ed Robert Laffont Paris 1962

    p211 20

    Colonel de Gendarmerie Michel Gengembre. Sergent la 4e Compagnie du 1/Core. Lettre du 12.novembre 2005 lauteur. Le sergent Michel Gengembre participera en revanche, moins dun mois plus tard, lopration Myosotis sur la RC 14 entre Pleiku et Ban-Me-Thuot o le 17 juillet, les 1re et 4e compagnies du 1/Core seront ananties de mme que la Compagnie de Commandement du Chef de Bataillon Guinard dans une embuscade au col du Chu-Dreh par cinq six bataillons ennemis. Fait prisonnier aprs 5 heures de combat men jusquau corps corps, jai russi mvader avec un officier de ma compagnie cinq jours aprs, au cours de la marche force vers les camps du Quang-Nhai. Je rejoindrai seul Pleiku 8 jours aprs mon vasion, le Sous-Lieutenant puis ayant t repris. Entre temps, le cessez le feu avait t sign sans que nous le sachions.

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    qui sempare de nous. Les gens qui y taient se sont battus comme des lions pour la plupart et nous avons srement des copains morts, blesss, prisonniers. Pour nous le plus beau reste venir lorsque lordre dvacuer Ankh arrive. Nous embarquons le matriel des compagnies, et comme fourrier je dois partir par avion sur Pleiku avec comme chef de dtachement le lieutenant Pouvesle. Embarqus le 23 juin bord dun Bristol, nous survolons le col du Mang Yang et par les hublots apercevons des gens qui se dvoilent sur les crtes environnantes. Dans notre esprit, ce sont des lments de recueil qui doivent appuyer le repli du GM 100. Le lieutenant en rend compte larrive Pleiku, mais les incapables qui commandent les Hauts-Plateaux nen tiennent pas compte. Ctait coup sr des Viets qui tendaient leur pige. 21

    Laffaire de Lang Son semble se rpter encore une fois au profit du Vietminh. Aprs le 19, nul ne pouvait ignorer nos intentions, car cest un vritable pont arien inutile et dangereux qui fut une des causes du drame, en ralisant un dmnagement complet sur Sagon et Nha Trang de la presque totalit du matriel lourd dont le GM 100 disposait sur sa base, alors quil aurait d tre laiss en place, et dtruit au moment du dpart. On en tait mme arriv, je crois vacuer une partie de la population (parmi laquelle les familles du Bataillon Vietnamien (TDKQ) dAnkh, ce qui ntait pas sans valeur humaine mais qui, sur le plan tactique, tait la dernire chose faire.22

    Arriv le 17 juin sur Pleiku, le GAP 1 est dsign le 19 juin pour prter main forte au groupement est et oprer la jonction au niveau du poste de milice du col du Mang-Yang. La journe du 20 est consacre la perception des matriels et munitions. Le secteur de Pleiku a mis la disposition du 7 BPC 30 GMC et un Train de Combat (TC) de 4 GMC, un groupe de mitrailleuses, un mortier de 81, une jeep de commandement et les blinds du 5 Cuirassiers. En fin daprs-midi le GAP 1 fait mouvement vers lest en empruntant la RC19 et doit atteindre lintersection de la RC19 et de la RC19bis, position que la 3e BPVN occupe dj. Vers 19h00 le 7e BPC sinstalle pour la nuit en protection de lartillerie et du PC du GM 42. Si la journe du 22 juin est consacre la reconnaissance des axes de progression, celle du 23 voit les lments de recueil faire mouvement vers la rivire Dak Ayoun. Les compagnies progressent sur la RC19 (1re, CCB, PC 3e cie), la 2e compagnie protge quant elle lartillerie. Plusieurs soldats sont vacus sanitaires vers Pleiku suite des coups de chaleur .

    La date de lvacuation du camp retranch dAnkh, initialement prvue pour le 25 juin, est avance au 24 car les informations selon lesquelles des divisions arrivent en provenance du Tonkin ont bien t recoupes par les commandos et DLB (Dtachements Lgers de Brousse) qui nomadisent en pleine fort. Ces derniers ont dcel les mouvements dune grande unit Vietminh en direction de la RC 19. Il faut donc faire au plus vite lEtat-Major afin dviter que ladversaire ne puisse interdire les passages. Si la route est coupe aux convois de ravitaillement, certains persistent encore en haut lieu croire que le GM 100 et les Corens peuvent faire la diffrence. De quels effectifs disposeraient les Viets ? Dans limmdiat lennemi rassemblerait quelques compagnies, sur pravis de quelques jours (trois ou quatre) arrive des rgiments 96 et 803, avec deux ou trois jours de plus le groupement 801, soit au total lquivalent dune division pour nous intercepter. 23 Pourtant ds le 19 dj, le capitaine Fivet et le lieutenant Girard (B2 du GM 100) avaient expos les possibilits

    21 Tmoignage de Monsieur Charles Gonin lauteur.

    22 Lopration Atlante par le Gnral J.Sockeel, alors Colonel commandant le GM 42. Publication de

    lAssociation des Croix de Guerre.1992. CHETOM.18H29. 23

    Note du Gnral Girard, alors lieutenant lEM du GM 100, envoye lauteur le 06.11.2000.

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    de ladversaire au Gnral Salan Le rgiment 120 jouxte la RC19, une partie du rgiment 96 est situe prs de PK22, le gros du rgiment 810 est quelques dizaines de kilomtres dAnkh, une partie du rgiment 108 stationne dans la rgion du col du Deo-Mang, enfin le rgiment 803 saign blanc par le GM100 quelques mois plus tt est reconstitu. 24 Mais nul ne se doute dans les hautes sphres que le Viet Minh dispose dans le secteur dune logistique impressionnante. Avant la fin de sa campagne sur les hauts plateaux, le Vietminh russit mettre en ligne 16000 combattants ravitaills par une suite logistique de 25000 Dan Cng (travailleurs du peuple), en fait de coolies porteurs de munitions et de ravitaillement. Le sort du GM 100 tait donc scell avant mme que lordre dvacuation nait t donn. 25 Le Groupe Mobile, fort de plus de 3000 hommes aux ordres dun colonel, rparti dans plus de 250 vhicules, fera mouvement en 4 rames ; appuy par 3 pices dartillerie par rame :

    1re rame : BM/43e RIC - Gnie - 6e batterie du 10e RAC. 2e rame : PC - CCS - 520e TDKQ - 4e ERVN (3 automitrailleuses, 3half-tracks) et

    BCS du 10e RAC 3e rame : 2/Core - 4e batterie du 10e RAC - Services - Matriel. 4e rame : 1/Core - 5e batterie du 10e RAC- Antenne chirurgicale.

    Le Colonel convoqua le 3e Bureau et lui dicta un dispositif qui pouvait passer pour un hrisson en mouvement avec les trois bataillons lun derrire lautre, les batteries dartillerie intercales. Le PC du GM tait derrire le bataillon de tte, couvert par le TDKQ dAnkh, bataillon lger (o de grosses erreurs de commandement et de probit avaient t commises, donc peu sr). Comme blinds, quelques automitrailleuses tourelle ouverte. Il ny avait pas dlment de reconnaissance proprement parler. Il semble que le commandant du GM, press datteindre llment de recueil, ait espr passer avant que tout le dispositif ennemi ne soit rassembl (le groupement 801 ntait pas encore l semble t-il), alors que lartillerie ne pouvait se dployer sauf en de rares endroits. .26

    Le dpart est fix 03h00. Le GM 100 doit rallier PK22 avant la fin de la journe. Le BM/43e RIC et le 520e TDKQ font mouvement ds 03h00. Le BM/43e RIC qui ouvre la route sinstalle PK11, le 520e TDKQ qui le suit prend position tout au long de litinraire de PK6 (plantation) PK11 (embranchement de Kon Barr). .

    05h00 : Repli des units du poste de Hong-Cong. Le 1/Core assure la scurisation de An Cu jusqu la plantation. Cest au milieu de ce corridor que passent, ds 07h00, la colonne auto, lartillerie des 1re et 2e rames, et le PC du GM

    08h00 : Le convoi auto pass, le 2/Core, qui forme larrire-garde en assurant encore le maintien des postions dAnkh An Cu, fait mouvement son tour en colonne double. Les fantassins couvrent la marche et encadrent le Train, la CCB, et lEM du bataillon. La section de pionniers et les partisans ferment la marche.

    08h30 : Le 1/Core quitte An Cu suivi par 300 civils qui nont pu tre vacus. Le 24 juin, rassemblement de la CCB. Ordre dembarquer les sacs dos et matriels dans les GMC, et

    24 Gnral Albert Billard, lieutenant au 2/10e RAC in : Ankh (Centre Annam) 24 juin 1954 : extraction difficile

    ou embuscade annonce. Revue des Troupes de Marine Ancre dOr Bazeilles N340. Communication lauteur du 27.mars 2006. 25

    Bernard Fall. Indochine 1946 1962 Chronique dune guerre rvolutionnaire. Ed Robert Laffont Paris 1962 p211. 26

    Note du Gnral Girard, alors Lieutenant lEM du GM100, envoye lauteur le 06.11.2000.

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    mise en place de la colonne de chaque ct de la route en direction de Pleiku. La progression fut lente cause des escarmouches tendues par les VM. 27 En position le plus louest du camp, la 3e compagnie verra dfiler tout le GM 100. Notre section commande par ladjudant Thuret, lment darrire-garde, ne prendra mme pas la peine de fermer les portes (les barbels). Il est prs de 9h00 lorsque nous nous mettons en route. Sous-officier adjoint, je suis en queue de colonne, je nai que deux tirailleurs derrire moi, cette position est toujours dlicate dautant que la progression est trs lente et met du temps prendre sa vitesse de croisire du fait de lengorgement de la route par les camions et les units dinfanterie.

    Dautre part la colonne de civils qui nous suit se rapproche du dispositif (il faut viter quelle sintercale entre les units) et ne nous facilite pas les choses. 28 Quand la dernire unit du 1/Core entame sa progression, les vhicules de tte sont dj plus de 8 kilomtres. Une heure plus tard, les lments de tte du 1/Core essuient plusieurs rafales darmes automatiques hauteur de la plantation de PK6. Le caporal-chef Audrain est tu, le caporal Valentin bless. Plusieurs soldats sont blesss par des flchettes de bambou plantes dans les bas-cts, la

    sortie de la plantation.

    Le 520e TDKQ qui na pas suivi les consignes sest arrt PK6, le 2/Core reoit lordre de le dpasser et rejoint le BM/43e RIC quil relve. A PK11, le GM 100 resserre son dispositif, la distance sparant les vhicules les uns des autres est rduite de 10 5 mtres. La colonne ne dpasse pas les quatre kilomtres.

    13h30 : Le commando Vitasse, unit de reconnaissance, signale par radio la progression dun fort lment rebelle au nord de Kon Barr. Simultanment, un avion de reconnaissance dcle des troupes ennemies 3 kilomtres au nord du PC du GM 100. Le message capt par le 1/Core nest pas, pour une raison inconnue, relay au BM/43e RIC pourtant en tte de colonne.

    14h20 : Dbut de

    27 Tmoignage du Caporal-Chef Ren Pinot CCB 2/Core. Lettre lauteur du 11 mai 2006.

    28 Major Raymond Mouragues. Sergent adjoint dune section de fusiliers voltigeurs la 3e compagnie du

    1/Core. Entretien avec lauteur. Octobre 2005.

    Avant l'embuscade : route facile ! (Coll. BF/ONU)

    (Source : JMO du rgiment de Core - CHETOM)

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    lembuscade, lendroit prcis o le 4 avril dernier le 1/Core stait fait accrocher. Le BM/43e RIC bute sur un barrage de pierres en travers de la route. Un engin du Gnie est dbarqu afin de dgager la piste pour les camions quand les vagues dassaut Vietminh slancent vers le BM/43e RIC et la rame du PC. Les deux compagnies de tte du 43e RIC qui ne peuvent progresser vers le PC continuent leur route vers PK22. Le 1/Core stoppe sa progression et assure la protection de lantenne chirurgicale. La 3e du 1/Core se porte en avant pour soutenir le 2e bataillon.

    Pour rejoindre Pleiku, il faut emprunter la RC19, ou plutt la piste qui tient lieu de route, et quelle piste ! Nos vhicules y sont contraints. De part et dautre, la jungle inextricable et les herbes lphants rendent impossible toute manuvre. Nous tombons dans une embuscade de 3 kilomtres de profondeur dclenche la suite dun signal donn (un ft dessence me semble t-il renvers avec mise feu perceptible des kilomtres, je lai vue 15h00). Nous tions dans la nasse, lis la piste sans dbordement ni manuvre possible, nos camions incendis par nous comme par les Viets, et dans la confusion beaucoup de blesss et de tus de part et dautre. Personnellement, salement amoch par un SKZ (obus anti-char), aprs mtre abrit dans le half-track dont la mitrailleuse 12.7 menvoyait ses douilles brlantes sur la figure, je serai ramass par le vietminh. Jtais prisonnier. 29 Le 2/Core en application des consignes donnes quelques heures plus tt envoie ses deux compagnies de tte au secours de lEM et du 520 TDKQ, leur action est stoppe par la violence du feu ennemi, le commandant Kleinmann fait reculer ses hommes de 100 mtres afin de constituer un point dappui. Certains lments du BM/43e RIC rejoignent toutefois le PC. Vers 14h00 nous sommes arrts par lembuscade et des bruits couraient que le colonel Barrou commandant le GM 100 tait bless. Les commandos Bergerol montent lassaut par sections successives pour ouvrir un passage vers la rame du PC. Les sections reviennent dcimes. Le commandant Kleinmann qui commandait le bataillon demande lappui des T46, et nous nous portons en avant avec les mortiers pour obliger les Viets se terrer. Une cinquantaine dobus sont tirs. Peu aprs les T46 arrivent pour larguer leurs bombes au napalm. 30

    16h10 : La 3e compagnie se porte en avant pour dgager les units du 2/Core et le PC. Le TDKQ sest volatilis, laissant lEM sans soutien dinfanterie. Nous remontons la colonne, beaucoup de morts. Les blesss se protgent de la pluie sous les camions encore intacts alors que dautres brlent. Cest lenfer, mais nous avons encore un peu de chance, nous sommes rests en ordre de bataille.31 Les mortiers de la CCB 1 et 2 du rgiment de Core entrent en action pour soulager la colonne attaque. Le soldat Marcel Lepage se distinguera particulirement en portant sa pice de mortier pour appuyer les units engages.32 Les bombardiers B26 de Nha Trang mitrailleuses multiples, et la pluie qui sest mise tomber soulagent un temps la pression exerce sur les deux rames de queue. Depuis 16h00, en vain, le half-track des transmissions du GM 100 essaie dentrer en liaison avec le SO-Pleiku pour lui transmettre le message exposant la situation, et disant traduit en clair : EM GM 100 a disparu - CCS 100 trs prouve - 2/Core a eu des pertes mais tient le front -le 1/Core protge larrire du convoi. 33

    29 Tmoignage du Colonel Andr Salvat lettre lauteur du 29.05.2005.

    30 Tmoignage du Caporal-Chef Ren Pinot CCB 2/Core. Lettre lauteur du 11 mai 2006.

    31 Tmoignage du Major Raymond Mouragues lauteur.

    32 Le 27 juin le soldat Lepage de la CCB1 sera grivement bless lors de lattaque mene contre la colonne de

    secours au pont de la rivire Dak Ayunh. Il sera dcor pour ses actions du 24 et 27 juin 1954 de la croix de guerre des TOE avec toile de vermeil. 33

    JMO du 2/Core.

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    17h30 : Un message du Secteur Oprationnel de Pleiku enjoint au groupe mobile de se rendre sur PK22 o lattendra le GM 42 en dgageant les vhicules dtruits. Mais les premiers vhicules dtruits sont environ deux kilomtres, linfanterie ne pourrait passer dans ce coupe-gorge. Lordre est inexcutable.

    19h00 : les 1 et 2/Core plus les artilleurs des 4e, 5e batteries et BCS du 2/10e RAC, les lments pars du 520e TDKQ se regroupent en bordure de la RC 19. Il est impossible de franchir le barrage Viet, et lon est sans nouvelles du BM/43e RIC et de lEM. Le 1/Core ouvre la piste suivi du 2/Core en colonne par un de part et dautre de la route, et dune partie de la CCS 100. Les chefs de bataillon des 1et 2/Core dcident, aprs avoir avis Nha Trang, de rejoindre PK22 par la brousse direction plein sud. Les canons des deux dernires rames et les vhicules seront sabots aux moyens de

    grenades incendiaires, les blesss intransportables seront laisss sur place aux bons soins du mdecin-chef Warme-Janville, charge pour eux de retenir au maximum les assaillants. Le 1/Core ouvre la piste en formation colonne double : 3e et 2e compagnies suivies du PC. Les 1re et 4e compagnies sont suivies du 2/Core : 5e compagnie, artilleurs, 520 TDKQ, 6e compagnie, CCB2, 7e et 8e compagnies. Une centaine de chauffeurs et des rescaps de la CCS 100 sont chargs de brancarder les blesss jugs transportables. Mais certains ayant perdu le contact sont renvoys vers le convoi o sentassent, labri de la pluie dans les ambulances, plus dune vingtaine de blesss graves. Les avions de chasse signalent 50 vhicules brls parmi les 250 que comptait le convoi.

    19h30 : Dbut de la progression en pleine brousse jusqu 3h30. Aucune piste nest rpertorie sur les cartes, qui pour cette rgion ne sont tablies quau moyen de relevs ariens. Les deux commandants dcident de scinder la colonne en petits dtachements de la valeur dune section. Cette nuit sera un vritable calvaire pour tous, un cauchemar sans nom ; viter de se perdre, de tomber de fatigue et de se laisser aller dormir. Le caporal-chef Pinot de la CCB du 1/Core qui fait partie dun groupe disols dune soixantaine dhommes tombe sur un cantonnement de viets blesss. Rcemment arriv en Indochine avec le DR 19, il connat quelques rudiments de vietnamien appris durant son premier sjour en Indochine, il russit avec laide de linfirmier de la compagnie se faire indiquer la direction du PK 22. Ce dtachement compos disols de la CCB, de commandos Bergerol du 2/Core et de Vietnamiens du TDKQ sera recueilli par les paras du GAP 1 vers 15h00 au PK 22. Dans la nuit, ladjudant Garcia saperoit grce la lueur des camions qui brlent que nous sommes revenus au point de dpart. On apprend que les VM sinfiltrent dans la colonne et la dirigent leur guise. La section tombe sur un bivouac de Viets blesss, lun dentre eux bless au ventre saccroche moi et me supplie de le soigner. Jappelle un infirmier qui lui place un

    Le convoi aprs l'embuscade

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    pansement sur la plaie, et je lui demande la route prendre. Il me dit de descendre dans la valle o lon arrive dans un ruisseau sec pig par des bambous taills en pointes plantes en terre, nous le suivons, et l daprs les indications en le remontant nous serons dans la bonne direction. Nous ne rejoignons la colonne qu 15h00, et 18h00 nous sommes transports par GMC sur PK.22. L atteint de dysenterie aigu je serai jug inapte reprendre le dpart par le mdecin-chef et rapatri sur Pleiku 34 Malgr tout, harasss de fatigue, blesss, beaucoup dhommes seront jamais perdus au cours de ces quelques heures o la nuit tait si noire quil tait impossible aux hommes de distinguer qui marchait devant, qui suivait ou qui ne suivait pas. La sortie dAnkh a t tellement complique par les combats souvent imprvus qui se sont livrs, si loin de toute forme de guerre conventionnelle quil mest impossible de la raconter. Cependant, certains moments, beaucoup se sont trouvs seuls. Que faire ? Ne pas mourir, guids par la force suprme qui est en nous et qui nous demeure encore maintenant. Vivre, survivre et ne jamais baisser les bras. Ces moments resteront des moments dramatiques que je veux oublier ainsi que la suite, la captivit, les marches de la mort, les copains rests sur le bord de la piste que lon ne reverra jamais. Jai t pris au petit matin avec 3 autres copains du mme bataillon aprs que ma compagnie a t accroche. 35

    Alors que les premiers lments du GM 100 quittent Ankh, llment de recueil est encore loin du col du Mang Yang. La zone est peu sre, un lment du 7e BPC dcouvre un dpt darmes, vritable inventaire la Prvert (193 obus de 81, 40 grenades, 6 obus de 57, 14 obus de 60 et 5 caisses de cartouches.). Vers 15h30, une unit VM infiltre aux abords du col du Mang Yang est intercepte par les armes lourdes de la 2e compagnie du 7 BPC. Les paras vont marcher toute la nuit pour tre au rendez-vous avec les units rescapes de lembuscade. Le Groupement est (GM 100), parti dAnkh, ayant t entirement dsorganis la suite de lembuscade massive dclenche par le Viet Minh dans le courant de laprs-midi, lest du PK22, le Groupement ouest (GM 42) doit se porter en avant pour occuper les hauteurs du Mang Yang, tout en poussant dimportantes forces vers le PK22 pour faire jonction avec les lments du GM 100 ayant russi rejoindre le poste ami. Dans le cadre de cette action, le GAP 1 doit se porter par bonds successifs vers PK22 pour tenir cette position, recueillir les rescaps du GM 100 et assurer ultrieurement le repli de ces lments pars. Ordre de progression : 3e BPVN, GAP, 7e BPC36Le poste du Mang Yang est atteint 5h30. Trois heures sont laisses aux hommes pour se reposer, puis la marche reprend dans le mme ordre de progression que la veille. A 12h30 les lments de tte du GAP atteignent le PK22 command par un lieutenant de la Garde Montagnarde, que de nombreux rescaps ont dj pu atteindre.

    Un document vietnamien nous donne une autre vision de lattaque : le convoi ennemi de plus de 200 vhicules qui avanait en file indienne et en toute hte pour rejoindre laile qui venait sa rencontre, tait brusquement bloqu par nos feux. Le vhicule de tte brlait, le deuxime dans son effort de se frayer un chemin tait aussi atteint et se mettait de travers barrant ainsi la route. Les autres vhicules entrans par llan, samoncelaient sur les deux cts de la route. Aprs plus dune heure de combat acharn, nos forces se rendaient

    34 Tmoignage du Caporal-Chef Ren Pinot CCB 2/Core. Entretien avec lauteur le 03 avril 2006. Confirm par

    lettre du 11.mai 2006. Le caporal Chef Pinot rejoindra par la suite son unit au repos sur lle de Cam Ranh au large de Nha Trang par LCM jusqu la dissolution du rgiment de Core qui, redevenu bataillon, fera mouvement vers Alger sur le paquebot Aurlia. 35

    Tmoignage du sergent Ollivier Guy vtran de Core. 1/Core. Prisonnier au camp N 6. Lgion dHonneur, Mdaille Miliaire, 1 TOE, Croix du Combattant Volontaire Rsistance, Core, Indochine, Algrie. Lettre du 9 janvier 2006. 36

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    totalement matre du champ de bataille. Sur un front de plus de 3 kilomtres, stendaient en dsordre ; les vhicules, les canons et les cadavres ennemis. Des foules de prisonniers europens et africains la tte baisse, passaient en files successives devant les canons des fusils de nos soldats. Plus de 700 soldats europens et africains taient tus et blesss, prs de 1200 autres dont le colonel Barrou avec tout son Etat-Major fait prisonnier, 229 vhicules, 20 canons et plus de 1000 fusils tombaient entre nos mains. 37.. Si ce texte a le mrite dexister, 32 ans aprs les faits, la propagande lemporte toujours sur lHistoire. Les inexactitudes abondent. Si lembuscade a t une relative russite pour le Viet-Minh dans la mesure o la quasi-totalit du matriel a t laiss sur place, cela est d essentiellement la lenteur de la progression des troupes qui ntaient pas embarques dans les camions, et non comme laffirme lauteur du texte la hte des Franais de gagner PK22 , auquel cas, partis entre 3h00 et 8h00, les derniers lments auraient d atteindre le poste en fin de matine. Dautre part le chiffre des pertes est dmesurment exagr car lhypothse haute avance par Bernard Fall et reprise par dautres auteurs, tend donner le tiers de leffectif comme perdu, lhypothse basse quant elle avance par le Gnral Albert Billard, lieutenant au 2/10e RAC, dans la Revue des Troupes de Marine Ancre dOr Bazeilles N340 est quant elle de 500 hommes. Enfin, il est fait mention dEuropens et dAfricains prisonniers, mais quid des Cambodgiens et des Vietnamiens qui composaient la majeure partie des bataillons ?

    25 juin 03h30 : Les 1re ; 2e et 3e compagnies se regroupent avec la CCB (Trans et EM du bataillon). Le reste de la CCB et la 4e compagnie ont perdu la liaison. Une heure de repos est accorde aux hommes harasss de fatigue. La progression reprend une heure plus tard en direction de louest. Les 2e et 3e compagnies passent en tte. Durant la nuit, de 0h30 5h30 les paras du GAP forceront lallure pour atteindre le Mang-Yang. Ce nest que vers 8h30 quils recevront lordre de progresser vers PK22. La fatigue physique des journes prcdentes commence se faire ressentir. La progression seffectue dans des conditions difficiles sous une temprature leve. Les militaires atteints de coups de chaleur , sont vacus sur les vhicules du Train de Combat du bataillon. 38

    6h30-7h30 : Engagement avec un lment rebelle qui tombe sur larrire-garde. Le lieutenant Dureau est bless. Plusieurs groupes perdent le contact. Le 1/Core repousse trois attaques lances par les Viets 5 kilomtres environ de PK 22.

    8h00 : Les lments de tte des 2e et 3e compagnies tombent sur une compagnie rebelle, 12 vietminh sont abattus. Cette compagnie, une fois leffet de surprise pass, se regroupe et tombe sur la 1re compagnie.

    8h-11h00 : Contacts radio avec le Morane dobservation ainsi quavec le poste de PK22 o se trouvent les premiers lments du BM/43e RIC qui ont pu franchir la nasse, et quelques artilleurs du 2/10e RAC dont le lieutenant Auguste Muller qui tmoigne : Arriv comme lieutenant la BCS du 2/10e RAC, jai pris le commandement de cette batterie en opration. Cette batterie tait compose de Franais, de Cambodgiens, de Sud-vietnamiens, dHindous et de quelques Africains. Le capitaine qui la commandait en titre avait t dsign par le chef de corps pour commander la base arrire de Tu-Duc prs de Sagon. Le 24 juin, jtais DLO (Dtachement de Liaison et dObservation) au 520e TDKQ. Exprience inoubliable ! Lors de lattaque de PK15, jtais prs du PC du GM. En quittant la RC19 pour rejoindre PK22, nous

    37 Extrait du livre : Zone 5. 30 Annes de Guerre de Libration. Tome 1. La rsistance contre le colonialisme

    franais . 1986. 38

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    avons eu la chance de tomber sur une piste Viet non mentionne sur nos cartes. La nuit tait si noire quon ne pouvait distinguer celui qui nous prcdait. Nous tions obligs de nous tenir les uns aux autres afin de ne pas rompre la colonne. Au cours de la nuit, nous avons crois deux colonnes VM qui sont passes si prs quon aurait pu se toucher. Au petit matin nous avons rencontr des sentinelles qui nous ont pris pour les leurs, mais cela na pas dur et dans les minutes suivantes des tirs se sont fait entendre un peu partout derrire nous. La piste que nous avons emprunte tait utilise par les Viets pour rejoindre la RC19 vers le PK22, ce qui nous a permis darriver les premiers trs tt dans la matine pour tre accueillis par le colonel Buffin responsable de lopration. Nous y avions t devancs par les PIM (Prisonniers Interns Militaires) ! 39 Les paras du GAP arriveront plusieurs heures plus tard. Aprs de longues heures de marche, nous arrivons dans les environs de PK22. Le GAP sinstalle dfensivement sur les croupes dominant la valle. Les patrouilles commencent sonder les environs. Les premiers contacts avec quelques survivants sont pris en fin de matine. Ce sont des hommes hagards, harasss, souvent blesss. Je rcupre un lieutenant et quatre hommes de la coloniale qui ont russi sortir du pige. Nous les dirigeons sur le Mang Yang. Dans laprs-midi arrivent des units moins disloques par la brutalit de lattaque Viet. 40

    Autre tmoignage celui du chef dune quipe dclaireurs Nungs41 du 7e BPC : Nous avons commenc notre mouvement le 18 juin de Pleiku en direction dAnkh, notre progression a t trs lente du fait du mauvais tat de la route et des ponts qui posaient quelques problmes aux sapeurs. Le troisime jour nous avons dcouvert des carcasses de chars et de GMC. Ctait sans doute la dernire tentative de ravitaillement par la route qui avait chou (en fait il sagit plutt de lembuscade du 12 avril dans laquelle est tombe le GM 11 repli dAnkh qui perdra 19 GMC incendis). Nous nous sommes arrts un matin vers 8h45 sur un petit piton, face au nord. En contrebas, une route droite et longue de prs de 1500 mtres et un poste notre droite une distance de prs de 300 400 mtres. Les occupants en pleine prparation pour leur vacuation nous ont fait des signes amicaux. Etait-ce le PK 22? Je ne saurais le dire avec certitude. Nous avions pour mission de surveiller la route pour une ventuelle rcupration des chapps de lembuscade du PK 15. Soudain deux grosses sections progressant dans notre direction, quipes darmement US, avanaient en se dissimulant lors des passages de nos avions. Ce pouvait tre ceux que nous attendions. Pourtant les ordres reus par radio taient de les laisser passer, ce pouvaient tre des rescaps. Ces derniers nous ayant aperu prtendirent faire partie du 4e ERVN mais leur attitude ne laissait rien prsager de bon dautant que plutt que de nous rejoindre ils sassirent 90 mtres de notre position o les deux quipes Nungs (armement 12 PM et 2 mitrailleuses de 30) les tenaient en joue. Nous dcrocherons dans la soire pour regagner la cuvette sous le poste 42. Le sergent Heym du 6e Bataillon Montagnard tait au Mang Yang le 25 juin. Le GM 42 est remont vers Pleiku pour porter secours au GM 10 (21 au 30 juin). Au cours dune patrouille de deux jours de marche sans arrt y compris la nuit effectue par le bataillon entier, je me suis retrouv dormant debout contre un arbre en attendant les camions venus nous chercher. Le GM 42 dont fait partie le 6e Bataillon Montagnard (6e BM) part pour le col du Mang Yang afin de donner la main au GM 100. Nous arrivons au col le 25 o nous recueillons les dbris du GM. Nous attendrons jusquau 27 dautres rescaps puis, sous la menace de deux autres units vits, nous nous replions. 43

    39 Colonel Auguste Muller. Lieutenant au 2/10e RAC. Lettre du 13 avril 2006, et entretien du 21 mai 2006.

    40 Rcit du Sergent-Chef Bouter 2e section 2e compagnie du 3e BPVN. Revue Floral sans date.

    41 Minorit ethnique du Nord Tonkin.

    42 Lettre du chef dquipe Nung LY Tang Bau de la 1re compagnie mixte du 7e BPC lauteur. 02.02.2005

    43 Tmoignage du Sergent Heym. 4e Cie du 6e BM.

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    11h00 : La liaison avec la 4e compagnie du 1/Core est tablie. Elle aussi a d forcer les barrages adverses. Laviation ne reste pas inactive. Mise en tat dalerte depuis la veille,

    lAronavale dpche une patrouille de chasseurs au dessus du convoi abandonn et pill, et une autre au dessus de la colonne des survivants. Vers 11h40 un premier parachutage de matriel sanitaire est effectu par un Dakota sur PK22. A 11h40 un hlicoptre se pose pour vacuer les premiers blesss. Il est suivi quelques minutes plus tard par un second appareil sanitaire. A 12h03 le Morane dobservation signale une forte colonne progressant 700 mtres sur le poste de PK22.

    12h10 : Arrive des units PK22. Dans lordre la 4e compagnie suivie de la 2e compagnie avec le capitaine

    adjoint, et la 3e compagnie avec le chef de bataillon. La progression de nuit a t trs difficile. Longtemps section de tte du dispositif, ladjudant Thuret et moi-mme, les seuls Europens de la 2e section, avons pay de notre personne pour pousser nos hommes aller de lavant. Aprs une marche de plus de 18 heures dans un terrain inextricable, entrecoupe daccrochages avec les Viets de plus en plus agressifs, nous arrivons enfin sur le PK 22 compltement extnus.44

    12h30 : Les 6e, 7e, 8e compagnies et la CCB2 arrivent leur tour. Ce nest quune heure plus tard que le commandant Kleinmann, chef de bataillon du 2/Core, rejoint ses hommes. Pendant ce temps, laviation bombarde les dpts dessence dAnkh. Les derniers lments du GAP 1 parviennent PK22 o de nombreux rescaps ont dj t recueillis. Les renseignements recueillis auprs des survivants ayant particip laction permettent de reconstituer la physionomie gnrale dune embuscade brutale et massive dclenche bout portant, et dvaluer approximativement limportance des pertes matrielles subies par le Groupement est : 240 vhicules divers et un groupe dartillerie. Ces chiffres frappent limagination des militaires du 7e BPC peu habitus lvaluation de pertes aussi massives et rapides.45 Parachutages par Dakota de ravitaillement et de pains de glace, et vacuation de blesss par hlicoptre. Lactivit arienne se poursuit de 15h30 15h45. Elle consiste en la protection des hlicoptres sanitaires et de la centaine de vhicules du GM 42 qui se dirige vers le PK22. Au retour de mission, laviation bombarde de nouveau Ankh. Cette fois ce sont les dpts au sud de la piste datterrissage qui sont dtruits. De 16h50 18h15 la chasse

    44 Major Raymond Mouragues. Sergent adjoint dune section de fusiliers voltigeurs la 3e compagnie du

    1/Core. Entretien avec lauteur. Octobre 2005. 45

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    Evasan par Sikorsky S-55/H-19

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    assure lappui direct du poste de PK22 et attaque les positions Viet-Minh sur guidage du Criquet (Morane dobservation). Pour la journe du 25 juin, laronavale effectuera pas moins de 16 sorties ariennes.46 Tout au long de laprs-midi les parachutistes du GAP rcuprent des isols ou groupes plus ou moins importants, qui sont achemins par camions au col du Mang Yang o le GM 42 les rceptionne. Toutefois, la position du GAP devient prcaire, la nuit va tomber et la scurit de llment de recueil nest plus assure, il est dcid dembarquer le 1/Core destination du col du Mang Yang. Lordre de repli gnral est fix de la manire suivante, les lments du GM 100 partiront en vhicules sous la protection des units du GM 42. Le GAP en arrire-garde 18h00 aprs destruction du poste.

    Vers 16h00 les premiers lments trs prouvs du 2/Core sont achemins en camion sur le MangYang. En cours de route, 3 km de PK22, les vhicules sont pris sous le feu de quelques lments avancs ennemis, mais le convoi passe. Deux blesss sont toutefois dplorer. Dbarqus au pied du poste, les hommes doivent cependant encore gravir la trs forte pente qui mne au Mang Yang o ils savent quils pourront enfin se reposer. Le 1/Core moins prouv, est rest avec les paras du GAP en lment de recueil.

    18h00 : Un contre-ordre annule les dispositions antrieures, le dpart est recul 23h30 afin de permettre aux units parachutistes de rcuprer le maximum de rescaps. Une colonne compose de la 5e compagnie qui avait perdue le contact, des lments du TDKQ, de la CCS 100 et dartilleurs, soit prs de 450 hommes, se prsente aux units amies. Effectivement, partir de 18h00, les lments du GM 100 stimuls sans doute par le spectacle de la destruction du poste de PK22, rejoignent les units de recueil en nombre de plus en plus croissant. Ce mouvement deffectifs commence se stabiliser partir de 19h30, puis diminue sensiblement ds la tombe de la nuit. Les positions tenues par les 2e et 3e compagnies du 7e BPC sont harceles par les Viet Minh, lesquels incitent les parachutistes autochtones la dsertion, en leur demandant de tuer leurs officiers et de rejoindre avec leurs armes les rangs de lArme Populaire. Par ailleurs, voulant profiter de la confusion du moment, dautres rebelles essaient de rejoindre nos avant-postes en se prsentant sous la dnomination du 520e TDKQ. 47

    21h00 : Arrive du gros de la CCB ainsi que de la majorit du 2/10e RAC, le lieutenant Billard du 2/10e RAC fera partie des derniers arrivants. Aprs le plus gros de laccrochage et lintervention trs efficace de la 11F du Bois-Belleau , jai reu lordre de rejoindre PK22 par la brousse. Aprs une nuit trs difficile (bambous, rachs..), les 23 rescaps de ma batterie dont de nombreux Bergerols qui mavaient rejoint, sont arrivs en vue du PK22. Le drapeau franais flottait toujours, mais tout autour des petits incendies enfumaient le secteur. Aprs une approche prcautionneuse, nous sommes tombs sur un peloton du 5e Cuirassiers qui nous a recueillis. Cinq minutes plus tard, ils abandonnaient le poste pour rejoindre le Mang-Yang, avec nous sur les plages des chars. Ayant eu la chance de trouver une planche sche, jai dormi la plus profonde nuit de ma vie. Le lendemain au rveil, jtais heureux dtre vivant, mais profondment coeur que nous ayons rat une belle occasion den dcoudre avec les Viets. 48 Les pertes pour ce qui concerne le BM/43e RIC pour les combats de PK16 PK17 slvent 49 tus dont 1 officier, 137 blesss dont 2 officiers et 104 prisonniers dont 2 officiers, la moiti des blesss sont considrs prisonniers. Ltat des

    46 Rapport doprations. Chapitre C. N123 G.P.A Etat-Major. Groupe Porte Avions Arromanches et Escorteur

    Le Tunisien. 47

    JMO 7e BPC CHETOM. Frjus 48

    Gnral Albert Billard, lieutenant au 2/10e RAC. Lettre lauteur du 7 avril 2006.

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    pertes pour la journe du 25 est de 2 tus et 26 blesss vacus.49 Pour ce qui est du 2/Core, les pertes pour la journe du 24 juin slvent 6 tus, 31 blesss vacus, 6 blesss lgers, et 56 disparus, ce qui reprsente un total de 99 hommes dont 1 officier tu, 11 sous-officiers blesss, et 13 sous-officiers disparus.50 A la nuit, les paras dmontent le dispositif de recueil. Le poste est vacu, les installations sont sabotes. Aprs 400 mtres de progression, nous amorons le versant devant nous. Les deux premiers GMC chargent les ex-dfenseurs du poste ainsi que leurs familles. Les femmes et les enfants sont dj colls au char de tte, les 7 ou 8 autres camions empruntent prudemment le pont. Soudain cest le drame : armes automatiques, explosions de grenades, des balles sifflent de tous les cts. Je suis sorti pour mieux voir mais cela sest pass tellement vite, je nai pu voir dans laction que deux silhouettes portant le mme uniforme (une arme et lautre non, lun tirant son captif vers la fort). Je ne sais combien de camions ont brl mais le char est hors dusage. Les Viets ont prpar leur coup de nuit 150 mtres de notre campement de lautre ct de la route o nous ne les attendions pas. Je pense aux 9 heures insoutenables face ceux qui se prtendaient des ntres, et nous navons pas reu lordre de les liminer. 51

    21h30 : Dpart vers PK 22. En tte, le 7e BPC, le GAP protg par des blinds et diverses units du GM 42 sur le parcours, les derniers lments du GM 100 non vacus, et le 3e BPVN en arrire garde. La dernire unit quitter PK 22 est celle du sergent-chef Bouter au 3e Bataillon de Parachutistes Vietnamiens Jattends un bon moment, la nuit nest trouble que par les explosions des munitions du poste et par les lueurs projetes semblables des flashes sur le drapeau franais qui flotte toujours.52 Certains malchanceux pensant que le poste de PK 22 est toujours tenu par larme franaise (le drapeau flotte toujours au matin du 26 juin) se feront cueillir par les rguliers vietminh ds leur arrive, aprs un jour et demi de marche force.

    La progression est rapide, lallure acclre. Compte tenu de lambiance dinscurit et de limportance du facteur temps, la discipline de marche est maintenue lintrieur de toutes les units. A 00h00 aprs une marche particulirement prouvante, lensemble des units arrive proximit du col du Mang Yang, o elles prennent position. Le journal de marche et doprations du 7e Bataillon de Parachutistes Coloniaux est le seul document qui nous livre une photographie de ltat physique de cette unit engage dans lopration de recueil. La fatigue est gnrale. Certains hommes de troupe (en gnral les plus jeunes), ont atteint la limite de leur rsistance physique. Au cours de ltape, les militaires des armes lourdes se sont comports dune manire remarquable. Malgr leffort intense demand au bataillon, le moral de lensemble est trs bon. Les chiffres des vacus sanitaires pour le 7e BPC par suite de maladie ou dusure physique au cours de la journe du 25 slvent 15 Europens et 25 autochtones. 53 Que dire alors des units du GM 100 qui ont d dans des conditions encore plus difficiles affronter lembuscade, couper travers jungle en parcourant la mme distance, le plus souvent sans eau ni nourriture depuis 36 heures ? Que dire aussi de ceux qui nont pu rejoindre temps et qui ont t contraints aux marches de la mort vers les camps de prisonniers ?

    26 juin ! Journe marque par la rorganisation des units. Une journe a t consentie pour remettre en ordre lunit au Mang-Yang, et pour y recevoir les ravitaillements ncessaires en

    49 Sources : Frjus CHETOM.16H284

    50 Sources : JMO du 2/Core. Frjus CHETOM 16H284.

    51 Lettre du chef dquipe Nung LY Tang Bau de la 1re compagnie mixte du 7e BPC lauteur. 02.02.2005.

    52 Rcit du Sergent-Chef Bouter 2e section 2e compagnie du 3e BPVN. Revue Floral sans date.

    53 JMO 7e BPC CHETOM. Frjus

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    vivres, quipements, armes et munitions pendant que les bataillons du GM 42 couvriraient au plus loin la position. Ces parachutages taient assez importants pour permettre de rquiper et darmer prs de la moiti de leffectif des units du GM 100, soit trois bataillons environ. Le col du Mang-Yang prsentait heureusement une zone de parachutage favorable. Bois et couvert dune jungle paisse lest, il tait louest trs dgag avec une vaste prairie en pente douce, large de plus de 500 mtres, avant de rejoindre plus bas vers Pleiku, une zone forestire assez dense dans un relief tourment. 54 Le BM/43e RIC se reforme autour de trois compagnies, deux de fusiliers voltigeurs et une mixte, fusiliers voltigeurs et CCB. Si prs du tiers du GM 100 est port manquant (tus, blesss, disparus, ou prisonniers, notamment dans les services), ceux qui ont pu passer, savoir ceux des units les plus aguerries, ont gard leurs armes individuelles et collectives lexception des mortiers et des postes radios. Au 2/Core, si tout le matriel auto est perdu, larmement individuel et collectif lexception des mortiers de 81 et les canons de 57 na pas t abandonn. Le bataillon ne dispose plus que de 3 postes radio 300 sur les 6 quil dtenait initialement. De 10h55 18h55 les chasseurs bombardiers de lArromanches viennent de nouveau assurer le soutien arien des troupes au sol et la protection des 7 Dakotas venus parachuter armes et ravitaillement, ainsi que des 3 hlicoptres sanitaires dpchs de Pleiku pour relever les blesss les plus graves au col du Mang-Yang. Au cours de cette mission, la chasse bombardera des travaux de campagne ennemis 1 kilomtre au sud du poste, ainsi que les pices dartillerie en queue de convoi abandonnes le 24 juin. Cette journe sera marque par 19 sorties ariennes. 55

    Dans la journe du 26, les derniers rescaps font leur apparition au col du Mang Yang, aprs avoir err dans la brousse pendant plus de 36 heures. Mais plus le temps passe, plus les sonnettes sont au contact dlments rebelles. La msaventure qui est arrive lquipe Nung de Ly Tang Bau du 7e BPC va se reproduire pour la section du sergent-chef Bouter du 3e Bawouan (BPVN) : Un Piper vient darriver au dessus de nous, il signale un groupe important en tenue camoufle, se dirigeant vers nous. Srement quelques survivants chapps aux Viets. Avec le lieutenant nous redescendons au pas de gymnastique leur rencontre. Au passage je rameute un groupe avec un fusil-mitrailleur et nous nous installons la limite des couverts, jumelles en batterie. Et l, stupeur! Nous dcouvrons que la troupe qui se dirige vers nous est compose de Bo Dos couverts de branchages et manoeuvrant parfaitement, do lerreur de lobservateur arien. 56 Les units adverses qui marchent la rencontre du GM 42, du GAP et du GM 100 ne font pas partie de rgiments rgionaux mais plutt dunits plus structures, comme le redoutable rgiment 803.

    Le 26 juin au soir le GM 42 occupe Phu-Yen une dizaine de kilomtres du col du Mang Yang. Le reste des units se replie son tour vers cette nouvelle position. Le colonel Sockeel qui commande le GM 42 coordonne lensemble des units qui reprsente une force considrable : le GM 42 (compos des 1er, 6e, 7e bataillons montagnards), du GAP 1 (7e BPC et 3e BPVN), du GM 100 (BM/43e RIC, 1er et 2e bataillons de Core, en grande partie en ordre de bataille, du 520 TDKQ, dun bataillon de gardes montagnards, la 2e batterie dartillerie vietnamienne, et d1 peloton du 4e ERVN ainsi que des chars du 3/5e Cuirassiers).

    54 Lopration Atlante par le Gnral J.Sockeel alors Colonel commandant le GM 42. Publication de

    lAssociation des Croix de Guerre.1992. CHETOM.18H29. 55

    Rapport doprations. Chapitre C. N123 G.P.A Etat-Major. Groupe Porte Avions Arromanches et Escorteur Le Tunisien. 56

    Rcit du Sergent-Chef Bouter 2e section 2e compagnie du 3e BPVN. Revue Floral sans date.

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    27 juin : A laube, le poste du Mang-Yang saute. Lobjectif de cette journe est datteindre le pont de la Day Ya-Ayoun 12 kilomtres de Phu-Yen. Cette fois le peloton de chars ouvre la route, suivi du 1/Core, du 6e bataillon de montagnards, du reste du GM 100 et des autres bataillons du GM 42. Lessentiel de lattaque mene par le rgiment 803 est supporte par le 1/Core et le 6e bataillon montagnard. Les chars du 3/5e Cuirassiers seront dun prcieux concours tout comme lartillerie qui, contrairement ce qui sest

    pass le 24 juin, a pu dployer ses pices et ouvrir le feu sur ladversaire. A la fin des combats, le 1/Core a encore perdu 59 hommes. Le 6e BM est en tte, ma section, qui dborde largement le ct N de la route, accroche le bataillon 812 en embuscade. Celle-ci rate donc, mais le 6e BM qui a accus le choc est disloqu, la 2e et la 3e compagnies se sont dbandes, la 1re compagnie est en retrait ; reste la 4e - en partie : de ses trois sections, lune na pas t engage, une autre sest dbande (avec sa tte lofficier vietnamien qui a arrach ses galons) et la mienne moiti dans la confusion (il est impossible de diriger dans la jungle 40 hommes qui ont la trouille et senfuient). Javais accompagn un caporal qui stait saisi dun FM et fonait imprudemment vers lavant. Il fut tu ct de moi, aprs avoir rcupr le FM, jai d reculer pour rejoindre une partie de ma section que mon adjoint avait tenu avant que jaille chercher les hommes en fuite au bord de la route et quun capitaine tait en train de ramener manu militari ! Au cours de lattaque jai eu deux tus et un bless. La tenue de la 4e Cie permit au 1/Core dattaquer, et laviation (3 chasseurs et un B.26) dintervenir. (Impressionnant le bruit des rafales de mitrailleuses tirant au ras des ttes : on dirait des draps qui se dchirent) et notre artillerie de tirer : lennemi cras senfuit. 57

    28 juin : Les Franais ne sont plus qu 30 kilomtres de Pleiku. Vers 11h00 lavant-garde compose des deux compagnies du BM/43e RIC, du 1/Core, du 4e Groupe dArtillerie Vietnamien (GAVN) et dun peloton du 3/5e Cuirassiers, atteint une clairire de 500 mtres de long sur 100 mtre de large, situe 3 kilomtres de lintersection de la RC 19 et de la RC 19bis dite, bretelle de Plei Bon quand soudain, une nouvelle embuscade se dvoile

    57 Tmoignage crit du sergent Heym, 4e Cie du 6e BM.

    Embuscade de Plei Bon

    (Source : JMO du rgiment de Core - CHETOM)

    Embuscade de Dak Ayoun

    (Source : JMO du rgiment de Core - CHETOM)

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    avec un volume de feu trs dense. Mene par le rgiment 812, les bataillons 89 et 90 du rgiment 108 renforc par une unit dlite (bataillon indpendant 30), les tirs darmes automatiques, de mortier et de SKZ sabattent sur toute la colonne qui vient de dboucher dans la clairire. Plus dune dizaine de vhicules du GM 42 sont dtruits par les tirs adverses, ladjudant commandant le TC du 7e BPC se distingue au cours de laction. Les malades et vacus sautent de leurs vhicules et mettent une mitrailleuse en batterie prenant par surprise les assaillants. Au prix de 3 blesss, les vhicules du TC sont intacts. Pour ce qui est du reste de la rame, fortes de leur exprience acquise depuis le 24 juin, chacune des units sinstalle dfensivement de part et dautre de la route. Le convoi auto bouscule quant lui les vhicules incendis et peut se rfugier au centre du dispositif scuris, 85% des vhicules sont sauvs. Ce sera principalement la 1re compagnie du 1/Core et le PC du bataillon qui aura subir, ds 12h15 comme la veille les vagues dassaut de trois bataillons Vietminh. A 12h35 cette compagnie cesse dexister en tant quunit constitue, elle ne doit son salut qu lintervention de la 2e compagnie. La 3e compagnie se porte quant elle au secours du PC. Les artilleurs du 4e GAVN font feu de toutes leurs pices de mme que le peloton blind. Appels en renfort, ce sont les bombardiers B26 qui stoppent dfinitivement les vagues dassaut. Les Bo Dos surpris en terrain dcouvert voient fondre sur eux des bombes au napalm, cest une fuite perdue qui sensuit. Le combat a dur plus dune heure, le 1/Core a perdu 42 hommes. Plei Bon marque le tournant de la bataille de la RC 19. Tout ce qui a pu tre sauv la t. Les Viets avaient mis le paquet pour dtruire tout ce qui restait du GM 100 (pour le Vietminh le Bataillon de Core devait absolument tre dtruit). Arc-bouts la RC 19, nous avons subi

    les assauts rpts sans jamais faiblir, malgr linfriorit du nombre. Nos Cambodgiens ont t hroques. 58 Vers 15h00, les lments parachutistes encadrant le GM 42 reoivent lordre dviter la route et de faire mouvement vers Pleiku par les crtes. Le 28 juin, la progression reprend mais les lments de tte ne dcle pas lembuscade du TD 108 (le 6e BM est cette fois en arrire-garde) dont la tenaille se referme sur le centre de la colonne qui est trononne (7 camions brls) mais les Vits sont tombs sur les chars qui, appuys par laviation et notre artillerie qui, en tte, a pu schapper et se mettre en batterie, obligent

    lennemi la retraite. A cette occasion jai admir la prcision de nos canonniers qui, 10km de l (porte maximum des 105), ont tabli un tir de barrage dont les obus venaient fracasser les bambous juste devant nous. Aprs quelques accrochages dans la soire, nous arrivons au carrefour RC 19 - 19bis, 35 km de Pleiku, zone dgage o lennemi ne saventure pas encore. 59

    29 juin/30 juin : Arrive Pleiku. Le spectacle tait effrayant ; hirsutes, en haillons, mins depuis des mois par la dysenterie, le corps couvert de plaies, ils ressemblaient plutt des chapps dun camp de concentration qu des soldats dun unit rgulire. Quant aux units, elles avaient subi des pertes galement effroyables. Il restait 84 hommes sur 222 la CCS, les 1er et 2e Bataillons de Core et le BM/43e RIC qui comprenaient chacun 834 hommes au

    58 Major Raymond Mouragues. Sergent adjoint dune section de fusiliers voltigeurs la 3e compagnie du

    1/Core. Entretien avec lauteur. Octobre 2005. 59

    Tmoignage du sergent Heym chef de section la 4e cie du 6e BM.

    7 BPC et 5 Cuir (Coll. Andral)

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    dbut de la campagne se trouvaient respectivement avec 452, 497 et 345 hommes. Il y a lieu de rappeler que ces units avaient reu des renforts entre dcembre 1953 et mai 1954 (le dernier le 19 mai). Leurs pertes totales taient donc suprieures celles que font ressortir les chiffres. Le 2e groupe du 10e RAC avait vu ses effectifs fondre de 474 215 hommes. Ayant perdu tous ses canons au PK 15 le 24 juin, les artilleurs staient bien battus comme fantassins les 27 et 28 juin. Le matriel perdu tait lui aussi considrable, 85% des vhicules, y compris tout un peloton blind, avaient d tre abandonns, ainsi que la totalit des pices dartillerie ; les transmissions avaient perdu 68% de leur matriel, et linfanterie 50% de ses armes automatiques, mitrailleuses et fusils-mitrailleurs. En revanche tous les rescaps avaient ramens leurs armes individuelles. 60 La ville est mise en tat de dfense, le BM/43e RIC est charg de la dfense de lAREA et du terrain daviation, mission quil assure malgr lusure des hommes jusquau.9 juillet. Le DR 20 en provenance de la Caserne Goupil de St-Germain en Laye rejoint ce quil reste du GM 100 Pleiku. Une batterie place sous le commandement du lieutenant Auguste Muller est htivement constitue pour la dfense de Pleiku avec des canons arotransports dHaphong et les personnels de la BCS du 10e RAC. En moins de trois mois de prsence en Indochine, ceux du DR 19 font figure de vtrans. Dans ses mmoires, le gnral Raoul Salan concepteur de lopration dvacuation dAnkh ne consacre que quelques lignes cette tragdie : les ennuis se prcisent. Comme Ankh est menac, je my rends aussitt et dcide den partir avant que la garnison ne soit enleve par les forces vit-minh qui montent de la cte lassaut des plateaux. Cest vers Pleiku o nous sommes solidement implants, que je donne lordre de ramener les trois petits bataillons Lopration prvue par une directive du gnral Ely en date du 20 mai dernier lors de sa mission en Indochine navait pas encore, le 20 juin, reu de commencement dexcution. Elle devenait plus dlicate, mais il fallait la raliser. Le 24 juin la colonne se met en mouvement, mais malheureusement trop tard. Nous retrouvons toujours les mmes erreurs... La plupart de nos vhicules sont dtruits. Cest une mauvaise affaire qui me donne penser que partout o il le pourra le Vit-Minh cherchera nous dtruire pour amliorer sa position Genve. Ankh et Auvergne sont nos dernires oprations. Jen ai assum sur place toute la responsabilit. 61 Si comme le prtend le gnral Salan il tait prvu de sortir le GM 100 ds le 20 mai alors pourquoi cette perte de temps ? A moins quil ne sagisse de sa part dune erreur de date. La transmission de lordre dvacuation naura t communique que le 19 juin. Mauvaise affaire il est vrai, mais pour quel bnfice ?

    10 juillet : Pour des raisons obscures, le GAP 1 est transfr au Tonkin, le bataillon de garde montagnarde du GM 42 sur la cte dAnnam, la 3e Compagnie du 1/Core compose de Cambodgiens et dhommes du sud est envoye Ben Cat 50 kilomtres de Sagon o elle continuera le combat jusquau cessez le feu, avec les deux compagnies trs prouves du BM/43e RIC. Le 15 juillet la presse annoncera brivement : Une tentative

    dinfiltration du poste de Ben-

    60 Bernard Fall. Indochine 1946 1962. Chronique dune guerre rvolutionnaire. Ed Robert Laffont Paris 1962.

    p238. 61

    Raoul Salan. Mmoires. Fin dun Empire. Tome2. Le Vit-Minh mon adversaire. Octobre 1946-octobre 1954. Editions Presses de la Cit. Paris 1971. p 428 430.

    Section de la 3 cie du 1/Core partant pour Ben Cat (Coll. Mouragues)

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    Cat, parc dartillerie proche de Saigon, bilan 20 morts adverses et 8 prisonniers. 62 Conformment aux accords de Genve, le cessez le feu intervient le 1er Aot au Centre Annam et le 11 Aot au Sud. Le GM 100 sera officiellement dissous le 1er septembre 1954, ses personnels reverss dans diverses units.

    1er septembre : Dans le cadre des mesures de rorganisation du corps expditionnaire, un nouveau rgiment autochtone est cr. Le choix de lEtat Major se porte sur le 43e RIC. Ce rgiment sera compos de trois bataillons formant corps et mis sur pied compter du 1er septembre partir du BMI, du BM/43e RIC, et du BM/11e RIC. La CCS du GM 100 devient compagnie de commandement rgimentaire, les personnels nord-africains sont remplacs par des autochtones.

    Le BMI devient 1/43e RIC.

    Le BM/43e RIC devient 2/43e RIC, et absorbe la 3e compagnie du 1/Core.

    Le BM/11e RIC devient 3/43e RIC.

    Le dtachement symbolique de Soul est rattach administrativement au 2/43e RIC. Ce dtachement dune trentaine de militaires qui a la garde du drapeau du bataillon de Core est toujours prsent en Core.

    62 Quotidien Lindpendant des Pyrnes Orientales du 16 juillet 1954.

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    Remerciements

    Gnral GIRARD, alors lieutenant lEM du GM 100. Gnral Albert BILLARD, lieutenant au 2/10e RAC Colonel Auguste MULLER, lieutenant la BCS du 2/10e RAC. Major Raymond MOURAGUES, sergent la 3me compagnie du 1/Core Colonel Michel GENGEMBRE, sergent la 4me compagnie du 1/Core. Colonel Andr SALVAT, commandant la CCS.100 Caporal-Chef Charles GONIN, 1ere compagnie du 1/Core Caporal-Chef Ren PINOT, CCB du 2/Core Sergent Olivier GUY, 1/Core. Chef dquipe Nung LY Tang Bau, 1re compagnie du 7e BPC Sergent HEYM, 4me compagnie du 6me BM (GM 42) Sergent GABAYE, 2me CMT

    Bibliographie Sommaire :

    Bernard FALL, Indochine 1946 1962, Chronique dune guerre rvolutionnaire (Ed Robert Laffont Paris 1962). Raoul SALAN, Mmoires. Fin dun Empire. Tome2. Le Vit-Minh mon adversaire. Octobre 1946-octobre 1954 (Editions Presses de la Cit. Paris 1971. p 428 430). Revue des Troupes de Marine Ancre dOr Bazeilles N340 Lopration Atlante par le Gnral J. SOCKEEL, alors colonel commandant le GM 42 (Publication de lAssociation des Croix de Guerre.1992) CHETOM.18H29 Lopration Atlante par le Gnral GIRARD, alors lieutenant lEM du GM 100 (Publication de lAssociation des Croix de Guerre.1992) CHETOM.18H29 Frjus. JMO 7me BPC - CHETOM.16H357 Frjus. JMO 1/Core - CHETOM 16H158 Frjus. JMO BM/43e RIC - CHETOM 16H284 Frjus. Rapport doprations. Chapitre C. N123 G.P.A Etat-Major. Groupe Porte-Avions Arromanches et Escorteur Le Tunisien. Quotidien Lindpendant des Pyrnes Orientales du 16 juillet 1954. Zone 5. 30 Annes de Guerre de Libration. Tome 1. La rsistance contre le colo