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SUR LA PLANCHE UN FILM DE LEILA KILANI SOUFIA ISSAMI MOUNA BAHMAD NOUZHA AKEL SARA BETIOUI AURORA FILMS & SOCCO CHICO FILMS DISTRIBUTION Daniel Chabannes Programmation : Jane Roger 55 rue de la Mare 75020 PARIS info@epicentrefilms.com EPICENTRE FILMS Mob : +33 (0)6 60 47 56 86 Mob : +33 (0)6 87 31 12 05 Tél. +33 (0)1 43 49 03 03 PRESSE Chloé Lorenzi Audrey Grimaud 177, rue du temple 75003 Paris info@makna-presse.com MAKNA PRESSE Mob : +33 (0)6 08 16 60 26 Mob : +33 (0) 06 71 74 98 30 Tél. +33 (0)1 42 77 00 16 WORLD SALES Esther Yeung www.fortissimofilms.com Van Diemenstraat 100 esther@fortissimo-hk.com FORTISSIMO Tel : +31 20 627 3215 1013 CN Amsterdam Fax: +31 20 626 1155 The Netherlands
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Sur la planche

Mar 14, 2016

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press et autre
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  • UNE VILLE DE POLAR

    Jai toujours pens que Tanger tait une ville de polar. Cest indissociable dans rapport la ville. Cela tient la tradition littraire, lunit visuelle, au rapport la violence Cest une ville avec un imaginaire de la mafia, avec des hros magnifis, une ville o il y a un rapport au temps trs particulier qui fait que lon est dans une tension permanente. Une ville interlope, faite de zones gristres Il y a quelque chose dexcessif, de profondment romantique dans cette ville. Et puis il y avait cette ide quil tait trs difficile dentrer dans la Zone Franche, que ctait comme un check-point, une citadelle barricade. Jy voyais un motif de polar trs fort. Le polar mamuse. Il permet de vider un peu les choses de leur substance dramatique, dtre dans le ludique.

    CASTING

    Jai vu 320 filles Tanger. On a fait distribuer des flyers sur les plages, dans les cafs, les stands commerciaux, on a pass des annonces la radio, cr une page Facebook, fait circuler

    des choses sur le web Tout le Maroc a dfil, toutes les classes sociales. Les filles venaient avec les parents, ce qui aurait t totalement inconcevable il y a vingt ans. Linterdit est tomb : la star acadmie est passe par l. Aucune des actrices na t choisie juste pour elle. Cest le quatuor qui comptait. Celles que lon a gardes avaient en commun une manire assez intuitive de travailler, sans tre dans la caricature de leur propre image.

    PRPARATION

    On a fait des essais, une trs longue prparation Tanger. Je leur ai montr des films, pour quelles comprennent ce que jaime. Wanda de Barbara Loden, en premier lieu, pour sa libert cinmatographique, sa mise en scne, pour ce personnage subversif souhait. Cest virtuose mais il y a ce ct spartiate et trs inventif que jaime normment, qui passe par linscription dans un espace et dans un moment. Je sais que les gens ne me suivent pas sur cette ide, mais moi Wanda je la trouve trs drle. Le jeu devait tre prcis, comme un mtronome, pour entrer dans le rythme effrn du film, o tout est chorgraphi. Pour coller aux va-et-vient incessant qui est lessence mme du film, on a beaucoup travaill la retenue, le placement de voix, la scansion, les dplacements, la tension physique

    On leur a appris tre actrices dans la ville, compter leurs pas sans que personne ne le remarque. A prendre la lumire, placer parfaitement leur texte en fonction des ambiances, du bruit

    FILMER DANS LA VILLE, AVEC LA VILLE

    Depuis que Matt Damon est venu Tanger pour La Mmoire dans la peau, on ne peut plus tourner librement dans la ville. On navait pas les moyens financiers et, de toute faon, ce qui mamusait ctait de balancer mes actrices dans le march. Au dbut, les gens du souk se sont nervs. Je leur ai dit que jtais tangroise, et quils nallaient pas tout de mme pas empcher une fille de chez eux de tourner dans les rues de Tanger. Ils ont rigol, et lide quune tangroise les filme dans cet endroit leur a plu. Jai donn cinq minutes au vendeur de tlphone pour apprendre son texte, et on a fait la scne avec lui. Les films new-yorkais du dbut des annes 1970 sont faits comme a, le no-ralisme aussi. Javais cette mme ide dessayer de pomper lnergie de la ville en y balanant mes actrices.

    AVANT LES RVOLUTIONS

    Les rvolutions arabes ne se sont pas faites en un printemps. Cette gnration-l, cest ma gnration. Il y a une communaut de comportements, un refus de lalination de lindividu telle quon la subit depuis quarante ans. Lcume la plus visible, et certainement la moins glamour, cest limmigration clandestine. Ce nest rien dautre que laffirmation de lindividu qui dit : maintenant ce nest plus possible parce que je naccepte pas ces conditions-l;

    je ne peux pas me raliser dans cet espace-l. En Tunisie, en Egypte, les entrepreneurs, les avocats, ntaient pas les plus visibles, mais ont jou un rle fondamental. Aussi paradoxal que a puisse paratre, je pense que cest le mme mouvement. Ce sont des gens qui ont juste envie de faire du business et qui disent quils ne peuvent plus continuer travailler dans ces systmes vreux. De la mme manire, notre gnration ne peut plus accepter cette projection tellement manichenne dun Orient qui serait enferm dans la dictature comme si un lan naturel les conduisait vers le despotisme. Kefaya !, Ca suffit !, cest la phrase quon entend le plus dans le monde arabe.

    SUR LA PLANCHEUN FILM DE LEILA KILANI

    SOUFIA ISSAMIMOUNA BAHMAD

    NOUZHA AKELSARA BETIOUI

    AURORA FILMS & SOCCO CHICO FILMS

    DISTRIBUTION Daniel Chabannes Programmation : Jane Roger 55 rue de la Mare 75020 PARIS info@epicentrefilms.comEPICENTRE FILMS Mob : +33 (0)6 60 47 56 86 Mob : +33 (0)6 87 31 12 05 Tl. +33 (0)1 43 49 03 03PRESSE Chlo Lorenzi Audrey Grimaud 177, rue du temple 75003 Paris info@makna-presse.comMAKNA PRESSE Mob : +33 (0)6 08 16 60 26 Mob : +33 (0) 06 71 74 98 30 Tl. +33 (0)1 42 77 00 16WORLD SALES Esther Yeung www.fortissimofilms.com Van Diemenstraat 100 esther@fortissimo-hk.comFORTISSIMO Tel : +31 20 627 3215 1013 CN Amsterdam Fax: +31 20 626 1155 The Netherlands

    FICHE ARTISTIQUE

    Ralisation et Scnario : Lela Kilani

    Badia : Soufia IssamiImane : Mouna BahmadNawal : Nouzha AkelAsma : Sara Betioui

    Image : Eric DevinMontage : Tina BazSon : Philippe Lecoeur & Laurent Malan Mixage : Myriam RenMusique : Wilkimix

    FICHE TECHNIQUE

    France/Maroc/Allemagne -2011 106 mn 35 mm et DCP -Dolby SRD -1.85visa n 120 874

    Producteurs dlgus : Aurora Films - Charlotte VincentSocco Chico Films - Lela Kilani

    Coproducteurs : DKB Productions - Emmanuel BarraultIna - Grald Collas Vandertastic - Hanneke Van der Tas

    Distributeur : Epicentre Films

    Vendeur international : Fortissimo

    Photos et dossier de presse tlchargeables sur :

    WWW.EPICENTREFILMS.COM

    LEILA KILANI Ne Casablanca en 1970, Lela Kilani a toujours rv dtre clown. Elle vit aujourdhui entre Paris et Tanger et soriente vers le documentaire en 2000 avec des films trs remarqus (Tanger le rve des Brleurs, Nos lieux interdits) avant de raliser SUR LA PLANCHE, son premier long mtrage de fiction.

  • QUARANTE ANS DURANT, Quarante ans durant, sa lgende de haut lieu select navait fait de Tanger quune mtropole rgionale atrophie en totale rcession conomique. Et puis la ville a explos. Tanger la mal aime du pouvoir royal, la dlaisse, prenait sa revanche : la ville transit est elle-mme en transition, charnire de deux mondes. La ville se mtamorphose autour du nouveau port et de la Zone Franche. Pour le Maroc, cest le chantier du sicle, lun des douze travaux dHercule. Cest lEurope en territoire marocain, en terre africaine. Un miroir aux alouettes dont lobjectif dclar est de crer 250 000 emplois dici 2015 et de faire de la rgion la base arrire industrielle de lEurope.

    AU DPART

    A lhiver 2001, je tournais mon premier documentaire. Je filmais les brleurs, les immigrs clandestins qui tentent de traverser la Mditerrane. Je les suivais sur le port, la nuit. A laube, au moment o ils rentraient dormir, on dcouvrait ces armes douvrires, ces colonnes compactes de femmes qui engorgent la ville dans un va et vient quotidien.

    Ce sont les hordes du Maroc de lIntrieur, celles qui ont pos leur balluchon dans les collines des faubourgs, dont lnergie, le mouvement, lapparence offraient un contraste saisissant avec lonirisme de lattente des brleurs. Ds laube, elles se mettent en marche et traversent pieds ce genre de paysage commun toutes les priphries des villes marocaines : des immeubles aux murs de bton nu, aux rideaux de fer baisss, aux baraques inacheves qui gangrnent le flanc pel des collines. Paysage de trous - boueux lhiver et poussireux lt -, o le vent ne tombe jamais, do on ne voit jamais la mer. Do on oublie que le port donne sur une mer et un ocan la fois et quon est bien Tanger. Ce motif extrmement physique tait trs emblmatique de la trans-formation de la ville. Jai commenc discuter avec ces filles. Leur obsession, cest le travail stable sous contrat, lusine. Le statut conserver cote que cote. Langoisse : se mettre ltal pour louer sa force de travail la journe, tre parmi les autres attendre quun employeur vous dsigne pour une tche.Elles parlent de la Zone Franche comme de lEurope, reprenant leur compte un peu du discours officiel. En cela aussi elles sopposent aux hommes, elles ne veulent pas brler. Elles ny croient pas. Pour elles, la Zone

    Franche cest propre, moderne, tout en verre. Une vraie technopole, quelles dcrivent de manire trs visuelle. Quand je suis rentre pour la premire fois jai eu le mme regard quelles.

    DES CREVETTES ET DES TEXTILES

    Les ouvrires sont rparties en deux castes : les textiles et les crevettes. Les textiles sont plus faciles aborder. Crevette leurs yeux, cest pire que le purgatoire. Ce nest pas une question dargent. Une crevette peut gagner plus quune textile.

    Cest une affaire de statut. Les filles crevettes sont payes la tche. Elles font toujours partie du temps archaque, du temps de la non-matrise. Laccession la matrise de soi, la matrise de son temps, cest dtre pay lheure.

    Mais la grande affaire cest lodeur. La description quelles font de lodeur des filles crevettes est incroyable. Quand elles passent sur le port, leur odeur recouvre celle des camions !. Ce qui est absolument faux. Mais cest vrai que lodeur est insupportable et terriblement persistante. Elles disent que quand tu arrtes tu mets six mois te dbarrasser de lodeur. Elles nont pas de douche chez elles. Elles vivent dans de tout

    petits endroits, o il ny a souvent pas de fentre. Cest souvent trs joli, trs soign. Et totalement baign dans cette odeur. La fille crevette est punk. On finit crevette quand on sest fait jeter de partout. Mais lusine de crevettes, cest aussi la premire porte qui souvre quand on arrive Tanger. Il ne faut jamais rester plus de trois mois sinon tes foutue. A

    TANGER AUJOURDHUI, quatre jeunes femmes de vingt ans travaillent pour survivre le jour et vivent la nuit. Elles sont ouvrires rparties en deux

    castes : les textiles et les crevettes. Leur obsession : bouger.

    On est l disent-elles. De laube la nuit la cadence est

    effrne, elles traversent la ville. Temps, espace et sommeil sont

    rares. Petites bricoleuses de lurgence qui travaillent les hommes

    et les maisons vides. Ainsi va la course folle de Badia, Imane,

    Asma et Nawal...

    partir du moment o tu ten sors, que tu apprends vraiment plucher, que tu commences faire beaucoup de kilos, tes foutue disent-elles.On peut appliquer a tout en fait : quand tu fais 100 dirhams par jour, autant dire une fortune, tes foutue. Cest de la subversion totale. Le revenu, cest ce qui va te tuer.

    DES FILLES JEUNES

    Ces filles pour moi sont un emblme de la transformation du Maroc, mais aussi dune transformation plus vaste, qui a lieu partout. Ce sont des filles jeunes, qui arrivent, qui changent la ville. Elles sont dans un rapport lespace, un rapport elles-mmes, un rapport au temps, compltement diffrent. La manire quelles ont daffirmer leur identit individuelle est totalement nouvelle, pas du tout idologique. Ce flot dhumains qui vient buter sur cette ville Tanger cest un peu la Californie dans les annes 1930 ou 1940, avec en toile de fond la rcession qui frappe toute lAfrique.

    ET INSOUMISES

    Elles arrivent sans leur famille avec un lan et une vitalit incroyables. Elles sont dans un bricolage trs intuitif et trs intelligent de leur survie, dans une libert de fait, pas du tout revendique. Aux yeux des autres, leurs actes peuvent apparatre contradictoires mais pour elles tout se tient : la survie doit se faire dans la jouissance. Elles semparent despaces trs neufs. Elles ne sinterdisent pas de lieux en cdant des priori. Certaines sont

    serveuses, une profession qui tait encore il y a peu de temps exclusivement masculine. Leurs relations avec les hommes dailleurs, elles nappellent pas cela prostitution. Pour elles, cest le tdebar: la dbrouille. On les dit : tdebarrins. Cet tre tonnant cr par soixante-dix ans dhistoire marocaine qui bricole sa survie au jour le jour en funambule, pour continuer tre cet Homo tdebaratus incassable et combatif, prsent au monde. On est l ! disent-ils. Le quatuor du film, Badia, Asma, Nawal, Imane sont des tdebarrates. Des petites bricoleuses de lurgence moins hors-la-loi que simples ouvrires mais pas plus. Travailler voulant dire : course la survie au jour le jour, la transformation des matires, des occasions, des

    opportunits en monnaie dchange, payer de sa personne, de son temps et se rembourser sur les autres.

    Elles passent dun lieu un autre, changent de vtements, ne renoncent rien. Ces filles-l battent en brche toutes ces reprsentations orientalistes de la femme arabe qui sont tellement prgnantes : la femme orientale, au mieux dgoulinante de sensualit parce quil faut quelle fasse la danse du ventre, au pire soumise.

    LA LANGUE

    Elles parlent un marocain trs singulier, la langue de rue du Maroc daujourdhui. Cest un marocain hachur : la grammaire est marocaine, mais elle est concasse, nourrie de termes de toutes les langues qui composent le pays, et de langues inventes, de berbre, de franais, danglais, despagnol... Cest une langue en perptuelle rinvention, qui repose sur une posie et une capacit de mtaphoriser le monde. Plus quun langage, cest un mode de vie, une attitude laquelle on reconnat les urbains, les affranchis. Un peu comme le verlan en France, qui peut tre trs crypt quand il est parl au coeur des cits et moins lorsquil migre dans les autres quartiers. Ceux-ci dploient donc un vritable art de la Tchatche Jai travaill avec Soufia en lui faisant couter du rap, la scansion coranique, la rythmique des conteurs traditionnels, des cadences doralit marocaine trs anciennes Pour faire rsonner la langue du film un flux de slam, musical, dans une sorte dhybridations et de mlanges de rfrences.

    UN FAIT DIVERS

    Jai crit le film partir dun fait divers. En 2005, je mamusais lire la presse scandale marocaine. On parlait dun nouveau trend : la fminisation de la criminalit. Une bande de quatre filles, un peu ouvrires, mais ce ntait pas tout fait clair, repraient des mecs dans les cafs et les dvalisaient. Il y avait eu un meurtre. A partir de cette matire, jai crit un projet, et puis jai propos Hafed Benotman, un crivain de roman noir qui a aussi son actif davoir braqu quelques banques, dcrire avec moi. Le film noir ntait pas un choix de ma part mais une vidence.

    PROPOS DE LA RALISATRICE

    JE NE VOLE PAS : JE ME REMBOURSEJE NE CAMBRIOLE PAS : JE RCUPREJE NE TRAFIQUE PAS : JE COMMERCE

    JE NE ME PROSTITUE PAS : JE MINVITEJE NE MENS PAS :

    JE SUIS DJ CE QUE JE SERAIJE SUIS JUSTE EN AVANCE SUR LA VRIT :

    LA MIENNE

    BADIA, LHERONE DU FILM

  • QUARANTE ANS DURANT, Quarante ans durant, sa lgende de haut lieu select navait fait de Tanger quune mtropole rgionale atrophie en totale rcession conomique. Et puis la ville a explos. Tanger la mal aime du pouvoir royal, la dlaisse, prenait sa revanche : la ville transit est elle-mme en transition, charnire de deux mondes. La ville se mtamorphose autour du nouveau port et de la Zone Franche. Pour le Maroc, cest le chantier du sicle, lun des douze travaux dHercule. Cest lEurope en territoire marocain, en terre africaine. Un miroir aux alouettes dont lobjectif dclar est de crer 250 000 emplois dici 2015 et de faire de la rgion la base arrire industrielle de lEurope.

    AU DPART

    A lhiver 2001, je tournais mon premier documentaire. Je filmais les brleurs, les immigrs clandestins qui tentent de traverser la Mditerrane. Je les suivais sur le port, la nuit. A laube, au moment o ils rentraient dormir, on dcouvrait ces armes douvrires, ces colonnes compactes de femmes qui engorgent la ville dans un va et vient quotidien.

    Ce sont les hordes du Maroc de lIntrieur, celles qui ont pos leur balluchon dans les collines des faubourgs, dont lnergie, le mouvement, lapparence offraient un contraste saisissant avec lonirisme de lattente des brleurs. Ds laube, elles se mettent en marche et traversent pieds ce genre de paysage commun toutes les priphries des villes marocaines : des immeubles aux murs de bton nu, aux rideaux de fer baisss, aux baraques inacheves qui gangrnent le flanc pel des collines. Paysage de trous - boueux lhiver et poussireux lt -, o le vent ne tombe jamais, do on ne voit jamais la mer. Do on oublie que le port donne sur une mer et un ocan la fois et quon est bien Tanger. Ce motif extrmement physique tait trs emblmatique de la trans-formation de la ville. Jai commenc discuter avec ces filles. Leur obsession, cest le travail stable sous contrat, lusine. Le statut conserver cote que cote. Langoisse : se mettre ltal pour louer sa force de travail la journe, tre parmi les autres attendre quun employeur vous dsigne pour une tche.Elles parlent de la Zone Franche comme de lEurope, reprenant leur compte un peu du discours officiel. En cela aussi elles sopposent aux hommes, elles ne veulent pas brler. Elles ny croient pas. Pour elles, la Zone

    Franche cest propre, moderne, tout en verre. Une vraie technopole, quelles dcrivent de manire trs visuelle. Quand je suis rentre pour la premire fois jai eu le mme regard quelles.

    DES CREVETTES ET DES TEXTILES

    Les ouvrires sont rparties en deux castes : les textiles et les crevettes. Les textiles sont plus faciles aborder. Crevette leurs yeux, cest pire que le purgatoire. Ce nest pas une question dargent. Une crevette peut gagner plus quune textile.

    Cest une affaire de statut. Les filles crevettes sont payes la tche. Elles font toujours partie du temps archaque, du temps de la non-matrise. Laccession la matrise de soi, la matrise de son temps, cest dtre pay lheure.

    Mais la grande affaire cest lodeur. La description quelles font de lodeur des filles crevettes est incroyable. Quand elles passent sur le port, leur odeur recouvre celle des camions !. Ce qui est absolument faux. Mais cest vrai que lodeur est insupportable et terriblement persistante. Elles disent que quand tu arrtes tu mets six mois te dbarrasser de lodeur. Elles nont pas de douche chez elles. Elles vivent dans de tout

    petits endroits, o il ny a souvent pas de fentre. Cest souvent trs joli, trs soign. Et totalement baign dans cette odeur. La fille crevette est punk. On finit crevette quand on sest fait jeter de partout. Mais lusine de crevettes, cest aussi la premire porte qui souvre quand on arrive Tanger. Il ne faut jamais rester plus de trois mois sinon tes foutue. A

    TANGER AUJOURDHUI, quatre jeunes femmes de vingt ans travaillent pour survivre le jour et vivent la nuit. Elles sont ouvrires rparties en deux

    castes : les textiles et les crevettes. Leur obsession : bouger.

    On est l disent-elles. De laube la nuit la cadence est

    effrne, elles traversent la ville. Temps, espace et sommeil sont

    rares. Petites bricoleuses de lurgence qui travaillent les hommes

    et les maisons vides. Ainsi va la course folle de Badia, Imane,

    Asma et Nawal...

    partir du moment o tu ten sors, que tu apprends vraiment plucher, que tu commences faire beaucoup de kilos, tes foutue disent-elles.On peut appliquer a tout en fait : quand tu fais 100 dirhams par jour, autant dire une fortune, tes foutue. Cest de la subversion totale. Le revenu, cest ce qui va te tuer.

    DES FILLES JEUNES

    Ces filles pour moi sont un emblme de la transformation du Maroc, mais aussi dune transformation plus vaste, qui a lieu partout. Ce sont des filles jeunes, qui arrivent, qui changent la ville. Elles sont dans un rapport lespace, un rapport elles-mmes, un rapport au temps, compltement diffrent. La manire quelles ont daffirmer leur identit individuelle est totalement nouvelle, pas du tout idologique. Ce flot dhumains qui vient buter sur cette ville Tanger cest un peu la Californie dans les annes 1930 ou 1940, avec en toile de fond la rcession qui frappe toute lAfrique.

    ET INSOUMISES

    Elles arrivent sans leur famille avec un lan et une vitalit incroyables. Elles sont dans un bricolage trs intuitif et trs intelligent de leur survie, dans une libert de fait, pas du tout revendique. Aux yeux des autres, leurs actes peuvent apparatre contradictoires mais pour elles tout se tient : la survie doit se faire dans la jouissance. Elles semparent despaces trs neufs. Elles ne sinterdisent pas de lieux en cdant des priori. Certaines sont

    serveuses, une profession qui tait encore il y a peu de temps exclusivement masculine. Leurs relations avec les hommes dailleurs, elles nappellent pas cela prostitution. Pour elles, cest le tdebar: la dbrouille. On les dit : tdebarrins. Cet tre tonnant cr par soixante-dix ans dhistoire marocaine qui bricole sa survie au jour le jour en funambule, pour continuer tre cet Homo tdebaratus incassable et combatif, prsent au monde. On est l ! disent-ils. Le quatuor du film, Badia, Asma, Nawal, Imane sont des tdebarrates. Des petites bricoleuses de lurgence moins hors-la-loi que simples ouvrires mais pas plus. Travailler voulant dire : course la survie au jour le jour, la transformation des matires, des occasions, des

    opportunits en monnaie dchange, payer de sa personne, de son temps et se rembourser sur les autres.

    Elles passent dun lieu un autre, changent de vtements, ne renoncent rien. Ces filles-l battent en brche toutes ces reprsentations orientalistes de la femme arabe qui sont tellement prgnantes : la femme orientale, au mieux dgoulinante de sensualit parce quil faut quelle fasse la danse du ventre, au pire soumise.

    LA LANGUE

    Elles parlent un marocain trs singulier, la langue de rue du Maroc daujourdhui. Cest un marocain hachur : la grammaire est marocaine, mais elle est concasse, nourrie de termes de toutes les langues qui composent le pays, et de langues inventes, de berbre, de franais, danglais, despagnol... Cest une langue en perptuelle rinvention, qui repose sur une posie et une capacit de mtaphoriser le monde. Plus quun langage, cest un mode de vie, une attitude laquelle on reconnat les urbains, les affranchis. Un peu comme le verlan en France, qui peut tre trs crypt quand il est parl au coeur des cits et moins lorsquil migre dans les autres quartiers. Ceux-ci dploient donc un vritable art de la Tchatche Jai travaill avec Soufia en lui faisant couter du rap, la scansion coranique, la rythmique des conteurs traditionnels, des cadences doralit marocaine trs anciennes Pour faire rsonner la langue du film un flux de slam, musical, dans une sorte dhybridations et de mlanges de rfrences.

    UN FAIT DIVERS

    Jai crit le film partir dun fait divers. En 2005, je mamusais lire la presse scandale marocaine. On parlait dun nouveau trend : la fminisation de la criminalit. Une bande de quatre filles, un peu ouvrires, mais ce ntait pas tout fait clair, repraient des mecs dans les cafs et les dvalisaient. Il y avait eu un meurtre. A partir de cette matire, jai crit un projet, et puis jai propos Hafed Benotman, un crivain de roman noir qui a aussi son actif davoir braqu quelques banques, dcrire avec moi. Le film noir ntait pas un choix de ma part mais une vidence.

    PROPOS DE LA RALISATRICE

    JE NE VOLE PAS : JE ME REMBOURSEJE NE CAMBRIOLE PAS : JE RCUPREJE NE TRAFIQUE PAS : JE COMMERCE

    JE NE ME PROSTITUE PAS : JE MINVITEJE NE MENS PAS :

    JE SUIS DJ CE QUE JE SERAIJE SUIS JUSTE EN AVANCE SUR LA VRIT :

    LA MIENNE

    BADIA, LHERONE DU FILM

  • QUARANTE ANS DURANT, Quarante ans durant, sa lgende de haut lieu select navait fait de Tanger quune mtropole rgionale atrophie en totale rcession conomique. Et puis la ville a explos. Tanger la mal aime du pouvoir royal, la dlaisse, prenait sa revanche : la ville transit est elle-mme en transition, charnire de deux mondes. La ville se mtamorphose autour du nouveau port et de la Zone Franche. Pour le Maroc, cest le chantier du sicle, lun des douze travaux dHercule. Cest lEurope en territoire marocain, en terre africaine. Un miroir aux alouettes dont lobjectif dclar est de crer 250 000 emplois dici 2015 et de faire de la rgion la base arrire industrielle de lEurope.

    AU DPART

    A lhiver 2001, je tournais mon premier documentaire. Je filmais les brleurs, les immigrs clandestins qui tentent de traverser la Mditerrane. Je les suivais sur le port, la nuit. A laube, au moment o ils rentraient dormir, on dcouvrait ces armes douvrires, ces colonnes compactes de femmes qui engorgent la ville dans un va et vient quotidien.

    Ce sont les hordes du Maroc de lIntrieur, celles qui ont pos leur balluchon dans les collines des faubourgs, dont lnergie, le mouvement, lapparence offraient un contraste saisissant avec lonirisme de lattente des brleurs. Ds laube, elles se mettent en marche et traversent pieds ce genre de paysage commun toutes les priphries des villes marocaines : des immeubles aux murs de bton nu, aux rideaux de fer baisss, aux baraques inacheves qui gangrnent le flanc pel des collines. Paysage de trous - boueux lhiver et poussireux lt -, o le vent ne tombe jamais, do on ne voit jamais la mer. Do on oublie que le port donne sur une mer et un ocan la fois et quon est bien Tanger. Ce motif extrmement physique tait trs emblmatique de la trans-formation de la ville. Jai commenc discuter avec ces filles. Leur obsession, cest le travail stable sous contrat, lusine. Le statut conserver cote que cote. Langoisse : se mettre ltal pour louer sa force de travail la journe, tre parmi les autres attendre quun employeur vous dsigne pour une tche.Elles parlent de la Zone Franche comme de lEurope, reprenant leur compte un peu du discours officiel. En cela aussi elles sopposent aux hommes, elles ne veulent pas brler. Elles ny croient pas. Pour elles, la Zone

    Franche cest propre, moderne, tout en verre. Une vraie technopole, quelles dcrivent de manire trs visuelle. Quand je suis rentre pour la premire fois jai eu le mme regard quelles.

    DES CREVETTES ET DES TEXTILES

    Les ouvrires sont rparties en deux castes : les textiles et les crevettes. Les textiles sont plus faciles aborder. Crevette leurs yeux, cest pire que le purgatoire. Ce nest pas une question dargent. Une crevette peut gagner plus quune textile.

    Cest une affaire de statut. Les filles crevettes sont payes la tche. Elles font toujours partie du temps archaque, du temps de la non-matrise. Laccession la matrise de soi, la matrise de son temps, cest dtre pay lheure.

    Mais la grande affaire cest lodeur. La description quelles font de lodeur des filles crevettes est incroyable. Quand elles passent sur le port, leur odeur recouvre celle des camions !. Ce qui est absolument faux. Mais cest vrai que lodeur est insupportable et terriblement persistante. Elles disent que quand tu arrtes tu mets six mois te dbarrasser de lodeur. Elles nont pas de douche chez elles. Elles vivent dans de tout

    petits endroits, o il ny a souvent pas de fentre. Cest souvent trs joli, trs soign. Et totalement baign dans cette odeur. La fille crevette est punk. On finit crevette quand on sest fait jeter de partout. Mais lusine de crevettes, cest aussi la premire porte qui souvre quand on arrive Tanger. Il ne faut jamais rester plus de trois mois sinon tes foutue. A

    TANGER AUJOURDHUI, quatre jeunes femmes de vingt ans travaillent pour survivre le jour et vivent la nuit. Elles sont ouvrires rparties en deux

    castes : les textiles et les crevettes. Leur obsession : bouger.

    On est l disent-elles. De laube la nuit la cadence est

    effrne, elles traversent la ville. Temps, espace et sommeil sont

    rares. Petites bricoleuses de lurgence qui travaillent les hommes

    et les maisons vides. Ainsi va la course folle de Badia, Imane,

    Asma et Nawal...

    partir du moment o tu ten sors, que tu apprends vraiment plucher, que tu commences faire beaucoup de kilos, tes foutue disent-elles.On peut appliquer a tout en fait : quand tu fais 100 dirhams par jour, autant dire une fortune, tes foutue. Cest de la subversion totale. Le revenu, cest ce qui va te tuer.

    DES FILLES JEUNES

    Ces filles pour moi sont un emblme de la transformation du Maroc, mais aussi dune transformation plus vaste, qui a lieu partout. Ce sont des filles jeunes, qui arrivent, qui changent la ville. Elles sont dans un rapport lespace, un rapport elles-mmes, un rapport au temps, compltement diffrent. La manire quelles ont daffirmer leur identit individuelle est totalement nouvelle, pas du tout idologique. Ce flot dhumains qui vient buter sur cette ville Tanger cest un peu la Californie dans les annes 1930 ou 1940, avec en toile de fond la rcession qui frappe toute lAfrique.

    ET INSOUMISES

    Elles arrivent sans leur famille avec un lan et une vitalit incroyables. Elles sont dans un bricolage trs intuitif et trs intelligent de leur survie, dans une libert de fait, pas du tout revendique. Aux yeux des autres, leurs actes peuvent apparatre contradictoires mais pour elles tout se tient : la survie doit se faire dans la jouissance. Elles semparent despaces trs neufs. Elles ne sinterdisent pas de lieux en cdant des priori. Certaines sont

    serveuses, une profession qui tait encore il y a peu de temps exclusivement masculine. Leurs relations avec les hommes dailleurs, elles nappellent pas cela prostitution. Pour elles, cest le tdebar: la dbrouille. On les dit : tdebarrins. Cet tre tonnant cr par soixante-dix ans dhistoire marocaine qui bricole sa survie au jour le jour en funambule, pour continuer tre cet Homo tdebaratus incassable et combatif, prsent au monde. On est l ! disent-ils. Le quatuor du film, Badia, Asma, Nawal, Imane sont des tdebarrates. Des petites bricoleuses de lurgence moins hors-la-loi que simples ouvrires mais pas plus. Travailler voulant dire : course la survie au jour le jour, la transformation des matires, des occasions, des

    opportunits en monnaie dchange, payer de sa personne, de son temps et se rembourser sur les autres.

    Elles passent dun lieu un autre, changent de vtements, ne renoncent rien. Ces filles-l battent en brche toutes ces reprsentations orientalistes de la femme arabe qui sont tellement prgnantes : la femme orientale, au mieux dgoulinante de sensualit parce quil faut quelle fasse la danse du ventre, au pire soumise.

    LA LANGUE

    Elles parlent un marocain trs singulier, la langue de rue du Maroc daujourdhui. Cest un marocain hachur : la grammaire est marocaine, mais elle est concasse, nourrie de termes de toutes les langues qui composent le pays, et de langues inventes, de berbre, de franais, danglais, despagnol... Cest une langue en perptuelle rinvention, qui repose sur une posie et une capacit de mtaphoriser le monde. Plus quun langage, cest un mode de vie, une attitude laquelle on reconnat les urbains, les affranchis. Un peu comme le verlan en France, qui peut tre trs crypt quand il est parl au coeur des cits et moins lorsquil migre dans les autres quartiers. Ceux-ci dploient donc un vritable art de la Tchatche Jai travaill avec Soufia en lui faisant couter du rap, la scansion coranique, la rythmique des conteurs traditionnels, des cadences doralit marocaine trs anciennes Pour faire rsonner la langue du film un flux de slam, musical, dans une sorte dhybridations et de mlanges de rfrences.

    UN FAIT DIVERS

    Jai crit le film partir dun fait divers. En 2005, je mamusais lire la presse scandale marocaine. On parlait dun nouveau trend : la fminisation de la criminalit. Une bande de quatre filles, un peu ouvrires, mais ce ntait pas tout fait clair, repraient des mecs dans les cafs et les dvalisaient. Il y avait eu un meurtre. A partir de cette matire, jai crit un projet, et puis jai propos Hafed Benotman, un crivain de roman noir qui a aussi son actif davoir braqu quelques banques, dcrire avec moi. Le film noir ntait pas un choix de ma part mais une vidence.

    PROPOS DE LA RALISATRICE

    JE NE VOLE PAS : JE ME REMBOURSEJE NE CAMBRIOLE PAS : JE RCUPREJE NE TRAFIQUE PAS : JE COMMERCE

    JE NE ME PROSTITUE PAS : JE MINVITEJE NE MENS PAS :

    JE SUIS DJ CE QUE JE SERAIJE SUIS JUSTE EN AVANCE SUR LA VRIT :

    LA MIENNE

    BADIA, LHERONE DU FILM

  • UNE VILLE DE POLAR

    Jai toujours pens que Tanger tait une ville de polar. Cest indissociable dans rapport la ville. Cela tient la tradition littraire, lunit visuelle, au rapport la violence Cest une ville avec un imaginaire de la mafia, avec des hros magnifis, une ville o il y a un rapport au temps trs particulier qui fait que lon est dans une tension permanente. Une ville interlope, faite de zones gristres Il y a quelque chose dexcessif, de profondment romantique dans cette ville. Et puis il y avait cette ide quil tait trs difficile dentrer dans la Zone Franche, que ctait comme un check-point, une citadelle barricade. Jy voyais un motif de polar trs fort. Le polar mamuse. Il permet de vider un peu les choses de leur substance dramatique, dtre dans le ludique.

    CASTING

    Jai vu 320 filles Tanger. On a fait distribuer des flyers sur les plages, dans les cafs, les stands commerciaux, on a pass des annonces la radio, cr une page Facebook, fait circuler

    des choses sur le web Tout le Maroc a dfil, toutes les classes sociales. Les filles venaient avec les parents, ce qui aurait t totalement inconcevable il y a vingt ans. Linterdit est tomb : la star acadmie est passe par l. Aucune des actrices na t choisie juste pour elle. Cest le quatuor qui comptait. Celles que lon a gardes avaient en commun une manire assez intuitive de travailler, sans tre dans la caricature de leur propre image.

    PRPARATION

    On a fait des essais, une trs longue prparation Tanger. Je leur ai montr des films, pour quelles comprennent ce que jaime. Wanda de Barbara Loden, en premier lieu, pour sa libert cinmatographique, sa mise en scne, pour ce personnage subversif souhait. Cest virtuose mais il y a ce ct spartiate et trs inventif que jaime normment, qui passe par linscription dans un espace et dans un moment. Je sais que les gens ne me suivent pas sur cette ide, mais moi Wanda je la trouve trs drle. Le jeu devait tre prcis, comme un mtronome, pour entrer dans le rythme effrn du film, o tout est chorgraphi. Pour coller aux va-et-vient incessant qui est lessence mme du film, on a beaucoup travaill la retenue, le placement de voix, la scansion, les dplacements, la tension physique

    On leur a appris tre actrices dans la ville, compter leurs pas sans que personne ne le remarque. A prendre la lumire, placer parfaitement leur texte en fonction des ambiances, du bruit

    FILMER DANS LA VILLE, AVEC LA VILLE

    Depuis que Matt Damon est venu Tanger pour La Mmoire dans la peau, on ne peut plus tourner librement dans la ville. On navait pas les moyens financiers et, de toute faon, ce qui mamusait ctait de balancer mes actrices dans le march. Au dbut, les gens du souk se sont nervs. Je leur ai dit que jtais tangroise, et quils nallaient pas tout de mme pas empcher une fille de chez eux de tourner dans les rues de Tanger. Ils ont rigol, et lide quune tangroise les filme dans cet endroit leur a plu. Jai donn cinq minutes au vendeur de tlphone pour apprendre son texte, et on a fait la scne avec lui. Les films new-yorkais du dbut des annes 1970 sont faits comme a, le no-ralisme aussi. Javais cette mme ide dessayer de pomper lnergie de la ville en y balanant mes actrices.

    AVANT LES RVOLUTIONS

    Les rvolutions arabes ne se sont pas faites en un printemps. Cette gnration-l, cest ma gnration. Il y a une communaut de comportements, un refus de lalination de lindividu telle quon la subit depuis quarante ans. Lcume la plus visible, et certainement la moins glamour, cest limmigration clandestine. Ce nest rien dautre que laffirmation de lindividu qui dit : maintenant ce nest plus possible parce que je naccepte pas ces conditions-l;

    je ne peux pas me raliser dans cet espace-l. En Tunisie, en Egypte, les entrepreneurs, les avocats, ntaient pas les plus visibles, mais ont jou un rle fondamental. Aussi paradoxal que a puisse paratre, je pense que cest le mme mouvement. Ce sont des gens qui ont juste envie de faire du business et qui disent quils ne peuvent plus continuer travailler dans ces systmes vreux. De la mme manire, notre gnration ne peut plus accepter cette projection tellement manichenne dun Orient qui serait enferm dans la dictature comme si un lan naturel les conduisait vers le despotisme. Kefaya !, Ca suffit !, cest la phrase quon entend le plus dans le monde arabe.

    SUR LA PLANCHEUN FILM DE LEILA KILANI

    SOUFIA ISSAMIMOUNA BAHMAD

    NOUZHA AKELSARA BETIOUI

    AURORA FILMS & SOCCO CHICO FILMS

    DISTRIBUTION Daniel Chabannes Programmation : Jane Roger 55 rue de la Mare 75020 PARIS info@epicentrefilms.comEPICENTRE FILMS Mob : +33 (0)6 60 47 56 86 Mob : +33 (0)6 87 31 12 05 Tl. +33 (0)1 43 49 03 03PRESSE Chlo Lorenzi Audrey Grimaud 177, rue du temple 75003 Paris info@makna-presse.comMAKNA PRESSE Mob : +33 (0)6 08 16 60 26 Mob : +33 (0) 06 71 74 98 30 Tl. +33 (0)1 42 77 00 16WORLD SALES Esther Yeung www.fortissimofilms.com Van Diemenstraat 100 esther@fortissimo-hk.comFORTISSIMO Tel : +31 20 627 3215 1013 CN Amsterdam Fax: +31 20 626 1155 The Netherlands

    FICHE ARTISTIQUE

    Ralisation et Scnario : Lela Kilani

    Badia : Soufia IssamiImane : Mouna BahmadNawal : Nouzha AkelAsma : Sara Betioui

    Image : Eric DevinMontage : Tina BazSon : Philippe Lecoeur & Laurent Malan Mixage : Myriam RenMusique : Wilkimix

    FICHE TECHNIQUE

    France/Maroc/Allemagne -2011 106 mn 35 mm et DCP -Dolby SRD -1.85visa n 120 874

    Producteurs dlgus : Aurora Films - Charlotte VincentSocco Chico Films - Lela Kilani

    Coproducteurs : DKB Productions - Emmanuel BarraultIna - Grald Collas Vandertastic - Hanneke Van der Tas

    Distributeur : Epicentre Films

    Vendeur international : Fortissimo

    Photos et dossier de presse tlchargeables sur :

    WWW.EPICENTREFILMS.COM

    LEILA KILANI Ne Casablanca en 1970, Lela Kilani a toujours rv dtre clown. Elle vit aujourdhui entre Paris et Tanger et soriente vers le documentaire en 2000 avec des films trs remarqus (Tanger le rve des Brleurs, Nos lieux interdits) avant de raliser SUR LA PLANCHE, son premier long mtrage de fiction.

  • UNE VILLE DE POLAR

    Jai toujours pens que Tanger tait une ville de polar. Cest indissociable dans rapport la ville. Cela tient la tradition littraire, lunit visuelle, au rapport la violence Cest une ville avec un imaginaire de la mafia, avec des hros magnifis, une ville o il y a un rapport au temps trs particulier qui fait que lon est dans une tension permanente. Une ville interlope, faite de zones gristres Il y a quelque chose dexcessif, de profondment romantique dans cette ville. Et puis il y avait cette ide quil tait trs difficile dentrer dans la Zone Franche, que ctait comme un check-point, une citadelle barricade. Jy voyais un motif de polar trs fort. Le polar mamuse. Il permet de vider un peu les choses de leur substance dramatique, dtre dans le ludique.

    CASTING

    Jai vu 320 filles Tanger. On a fait distribuer des flyers sur les plages, dans les cafs, les stands commerciaux, on a pass des annonces la radio, cr une page Facebook, fait circuler

    des choses sur le web Tout le Maroc a dfil, toutes les classes sociales. Les filles venaient avec les parents, ce qui aurait t totalement inconcevable il y a vingt ans. Linterdit est tomb : la star acadmie est passe par l. Aucune des actrices na t choisie juste pour elle. Cest le quatuor qui comptait. Celles que lon a gardes avaient en commun une manire assez intuitive de travailler, sans tre dans la caricature de leur propre image.

    PRPARATION

    On a fait des essais, une trs longue prparation Tanger. Je leur ai montr des films, pour quelles comprennent ce que jaime. Wanda de Barbara Loden, en premier lieu, pour sa libert cinmatographique, sa mise en scne, pour ce personnage subversif souhait. Cest virtuose mais il y a ce ct spartiate et trs inventif que jaime normment, qui passe par linscription dans un espace et dans un moment. Je sais que les gens ne me suivent pas sur cette ide, mais moi Wanda je la trouve trs drle. Le jeu devait tre prcis, comme un mtronome, pour entrer dans le rythme effrn du film, o tout est chorgraphi. Pour coller aux va-et-vient incessant qui est lessence mme du film, on a beaucoup travaill la retenue, le placement de voix, la scansion, les dplacements, la tension physique

    On leur a appris tre actrices dans la ville, compter leurs pas sans que personne ne le remarque. A prendre la lumire, placer parfaitement leur texte en fonction des ambiances, du bruit

    FILMER DANS LA VILLE, AVEC LA VILLE

    Depuis que Matt Damon est venu Tanger pour La Mmoire dans la peau, on ne peut plus tourner librement dans la ville. On navait pas les moyens financiers et, de toute faon, ce qui mamusait ctait de balancer mes actrices dans le march. Au dbut, les gens du souk se sont nervs. Je leur ai dit que jtais tangroise, et quils nallaient pas tout de mme pas empcher une fille de chez eux de tourner dans les rues de Tanger. Ils ont rigol, et lide quune tangroise les filme dans cet endroit leur a plu. Jai donn cinq minutes au vendeur de tlphone pour apprendre son texte, et on a fait la scne avec lui. Les films new-yorkais du dbut des annes 1970 sont faits comme a, le no-ralisme aussi. Javais cette mme ide dessayer de pomper lnergie de la ville en y balanant mes actrices.

    AVANT LES RVOLUTIONS

    Les rvolutions arabes ne se sont pas faites en un printemps. Cette gnration-l, cest ma gnration. Il y a une communaut de comportements, un refus de lalination de lindividu telle quon la subit depuis quarante ans. Lcume la plus visible, et certainement la moins glamour, cest limmigration clandestine. Ce nest rien dautre que laffirmation de lindividu qui dit : maintenant ce nest plus possible parce que je naccepte pas ces conditions-l;

    je ne peux pas me raliser dans cet espace-l. En Tunisie, en Egypte, les entrepreneurs, les avocats, ntaient pas les plus visibles, mais ont jou un rle fondamental. Aussi paradoxal que a puisse paratre, je pense que cest le mme mouvement. Ce sont des gens qui ont juste envie de faire du business et qui disent quils ne peuvent plus continuer travailler dans ces systmes vreux. De la mme manire, notre gnration ne peut plus accepter cette projection tellement manichenne dun Orient qui serait enferm dans la dictature comme si un lan naturel les conduisait vers le despotisme. Kefaya !, Ca suffit !, cest la phrase quon entend le plus dans le monde arabe.

    SUR LA PLANCHEUN FILM DE LEILA KILANI

    SOUFIA ISSAMIMOUNA BAHMAD

    NOUZHA AKELSARA BETIOUI

    AURORA FILMS & SOCCO CHICO FILMS

    DISTRIBUTION Daniel Chabannes Programmation : Jane Roger 55 rue de la Mare 75020 PARIS info@epicentrefilms.comEPICENTRE FILMS Mob : +33 (0)6 60 47 56 86 Mob : +33 (0)6 87 31 12 05 Tl. +33 (0)1 43 49 03 03PRESSE Chlo Lorenzi Audrey Grimaud 177, rue du temple 75003 Paris info@makna-presse.comMAKNA PRESSE Mob : +33 (0)6 08 16 60 26 Mob : +33 (0) 06 71 74 98 30 Tl. +33 (0)1 42 77 00 16WORLD SALES Esther Yeung www.fortissimofilms.com Van Diemenstraat 100 esther@fortissimo-hk.comFORTISSIMO Tel : +31 20 627 3215 1013 CN Amsterdam Fax: +31 20 626 1155 The Netherlands

    FICHE ARTISTIQUE

    Ralisation et Scnario : Lela Kilani

    Badia : Soufia IssamiImane : Mouna BahmadNawal : Nouzha AkelAsma : Sara Betioui

    Image : Eric DevinMontage : Tina BazSon : Philippe Lecoeur & Laurent Malan Mixage : Myriam RenMusique : Wilkimix

    FICHE TECHNIQUE

    France/Maroc/Allemagne -2011 106 mn 35 mm et DCP -Dolby SRD -1.85visa n 120 874

    Producteurs dlgus : Aurora Films - Charlotte VincentSocco Chico Films - Lela Kilani

    Coproducteurs : DKB Productions - Emmanuel BarraultIna - Grald Collas Vandertastic - Hanneke Van der Tas

    Distributeur : Epicentre Films

    Vendeur international : Fortissimo

    Photos et dossier de presse tlchargeables sur :

    WWW.EPICENTREFILMS.COM

    LEILA KILANI Ne Casablanca en 1970, Lela Kilani a toujours rv dtre clown. Elle vit aujourdhui entre Paris et Tanger et soriente vers le documentaire en 2000 avec des films trs remarqus (Tanger le rve des Brleurs, Nos lieux interdits) avant de raliser SUR LA PLANCHE, son premier long mtrage de fiction.

  • 1.02.2012 les inrockuptibles

    Sur la planche de Lela Kilaniavec Soufia Issami, Mouna Bahmad, Nouzha AkelLe quotidien de quelques jeunes filles Tanger. Tonique et secouant.

    retrouvez toute lactu cinma sur

    Pas franchement surf, Sur la planche (expression qui signifie sur la corde raide ou au bord de labme) nous embarque direct et sans prliminaires dans le quotidien de jeunes filles en situation de survie Tanger. Badia et ses copines, la vingtaine, travaillent plus pour gagner moins dans les usines de fringues et de produits marins dune zone portuaire en pleine expansion. Les fruits de la croissance ntant pas redistribus ces ouvrires, elles pratiquent la dbrouille pour mettre du beurre dans leur maigre semoule: prostitution, arnaques, petits larcins On ne trouvera pas le moindre gramme de misrabilisme dans lattitude de ces bad girls, ni dans le regard que porte sur elles Lela Kilani. Comme dit Badia: Je ne vole pas, je me rembourse.

    Souvent porte lpaule, la camra de Kilani colle aux basques de ces petites bombes dnergie. Ce style physique pourrait faire penser aux Dardenne ou Kechiche, en plus brut de dcoffrage. Cela dit, le point fort du film nest pas tant son filmage que ce quil saisit: des jeunes femmes qui pulvrisent toutes les ides reues sur la femme arabe, un peu putes mais totalement insoumises, animes dune libido dvastatrice, propulses par une vigueur folle et une conscience aigu de leur condition. Elles tracent leur route en toute autonomie dans la jungle de lconomie librale et de linjustice sociale, hurlant un gros fuck aux convenances de leur socit ultrapatriarcale. Un de leurs trsors est la parole:

    un flow denfer, entre posie, rap, slam, scat, qui rpand son krosne dans tout le film et lectrise le spectateur, mme celui qui ne comprend pas un mot darabe.

    Si Sur la planche ntait que cette dcharge fminine et marocknrollienne presque aussi secouante que les mouvements sismiques de la rgion, il vaudrait dj le coup dtre vu. Mais cest aussi un formidable document sur le Maroc contemporain et ses mutations, tourn en immersion avec des comdiennes amateurs pches dans les cafs, sur les plages et les pages Facebook.

    On y apprend les codes de la rue tangroise, la lutte des classes et des sous-classes, la frontire entre les ouvrires textile et les ouvrires crevettes, ces dernires tant considres comme la lie du bas de lchelle sociale Les plans dans la conserverie de crustacs nous font presque ressentir son odeur cre et tenace, qui colle littralement la peau de Badia.

    Ce film trs urbain et nocturne (qui fut lan dernier, comme Corpo celeste, lune des belles surprises de la Quinzaine des ralisateurs), constamment stri de tension, nest pas sans voquer Cassavetes ou les premiers Scorsese. On fantasme beaucoup sur Tanger, lieu littraire marqu par Bowles ou Burroughs. Sans effacer cette dimension fantasmatique sduisante mais un peu poussireuse, Lela Kilani nous montre une autre facette de la ville, beaucoup plus relle et contemporaine, dans un film la fois galvanisant et tragique. Serge Kaganski